L'état d'urgence a été décrété ce lundi 10 août à Ferguson, aux Etats-Unis, à la suite de manifestations marquant le premier anniversaire de la mort de Michael Brown, jeune Noir tué par un policier. Au cours de l'une de ces manifestations, un adolescent, qui aurait fait feu sur des policiers, a été grièvement blessé.
Le comté de Saint-Louis, dont dépend Ferguson, a décrété l'état d'urgence "à la lumière des violences de la nuit dernière (la nuit de dimanche à lundi, ndlr.), des troubles dans la ville de Ferguson et du danger potentiel pour les personnes comme les biens", selon l'un de ses responsables.
Dans le centre-ville de Saint Louis, une nouvelle manifestation s'est déroulée à la mi-journée lundi 10 août. Plus d'une cinquantaine de ses participants ont été arrêtés après avoir avoir franchi une barrière de police devant un bâtiment officiel. Une autoroute proche de la sortie de Ferguson a également été bloquée en fin de journée, et d'autres manifestants interpellés dans la ville, ont rapporté des médias locaux.
Dimanche 9 août, un rassemblement pacifique avait été organisé à Ferguson, en mémoire de la mort Michael Brown, jeune homme Noir abattu par un policier blanc, il y a un an. A près ce rassemblement, une fusillade a éclaté, au cours de laquelle un jeune homme de 18 ans, Tyrone Harris, a été inculpé pour coups et blessures sur un agent de police, agression à main armée et pour avoir tiré sur un véhicule motorisé. Grièvement blessé par le feu nourri de trois policiers qui ont répliqué à ses tirs, il se trouvait toujours à l'hôpital lundi, où il a été conduit dans un état critique.
Ces violences ont éclaté lorsque deux bandes rivales ont échangé des tirs, a indiqué la police locale. Un homme qui s'enfuyait a alors croisé quatre policiers en civil installés dans un fourgon et tiré sur eux.
La ministre américaine de la Justice, Loretta Lynch a déploré ces violences. "La violence non seulement obscurcit n'importe quel message véhiculé par une manifestation pacifique, mais met également en danger une communauté et les forces chargées de la protéger", a regretté Mme Lynch qui s'adressait aux membres d'un syndicat de policiers à Pittsburgh (est).
Des images filmées dimanche soir à Ferguson par l'AFP montrent un homme noir, menotté dans le dos, allongé à plat ventre sur le sol et saignant abondamment. Le chef de la police du comté de Saint Louis, Jon Belmar, a refusé de préciser quelle couleur de peau avaient les policiers en civil. Il s'agit là en effet d'une information sensible, puisque la mort de Michael Brown, abattu par un policier blanc, a ravivé des tensions raciales qui se sont depuis exacerbées aux Etats-Unis.
Racisme policier
Ces derniers mois, les médias rapportent en effet régulièrement des violences policières injustifiées ou disproportionnées envers des Afro-Américains, violences ayant coûté la vie à plusieurs d'entre eux, abattus par des policiers.
De violentes émeutes ont agité Ferguson en novembre 2014, et se sont propagées à d'autres grandes villes américaines, après l'annonce de l'abandon des poursuites contre le policier blanc qui a tiré sur Michael Brown. A Ferguson même, la police a été fortement critiquée pour son racisme, ce qu'a confirmé un rapport accablant du ministère de la Justice. Le chef de la police et plusieurs responsables de la ville ont depuis démissionné ou été remplacés. Le nouveau chef de la police locale est un Noir.
Le président de la NAACP, plus importante association de défense des droits civiques des Noirs américains, Cornell William Brooks, a estimé dimanche que les réformes législatives qui permettraient d'obliger la police à rendre plus de comptes et à mieux former ses agents avançaient à un rythme "glacial".
Barack Obama a, quant à lui, lui rejeté les critiques accusant le premier président américain Noir de ne pas en avoir assez fait pour lutter contre le racisme, lors d'un entretien sur la radio publique NPR. "Je me sens pris d'une grande urgence pour accomplir autant que possible" avant de quitter le pouvoir en janvier 2017, a-t-il déclaré.
D'après AFP


