Vladimir Poutine, le chef du Kremlin, était en Italie, mercredi à l’occasion de l’exposition universelle de Milan. Il a été accueilli par le Premier ministre italien, Matteo Renzi, pour participer à la journée de la Russie. Ensuite, il a rejoint Rome où il a été reçu par le pape François.
Isolé, sur le plan international, en raison de son action en Ukraine, la visite du président russe visait précisément à sortir de cet isolement diplomatique. Rappelons qu’il y a deux jours, les pays du G7, dont fait partie l’Italie, ont menacé Moscou de sanctions renforcées à la suite d'une détérioration de la situation en Ukraine. Moscou n’est plus invité à ces réunions des pays les plus riches de la planète, depuis l’annexion de la Crimée et le conflit dans l’est de l’Ukraine.
Pour rompre son isolement diplomatique, rien de mieux que de rendre visite au pays européen qui a toujours témoigné de modération à son encontre. En se rendant en Italie, Vladimir Poutine savait qu’il trouverait une oreille attentive. Les présidents du conseil changent, la politique italienne envers Moscou ne varie pas. Hier Silvio Berlusconi, aujourd’hui Matteo Renzi: tous reconnaissent que «le monde a besoin de la Russie pour résoudre ses problèmes malgré l’Ukraine». Car, selon le chef du gouvernement italien, il y a une profonde convergence avec la Russie sur tous les autres dossiers internationaux.
Quant à Vladimir Poutine, il a insisté sur le fait qu’il voulait un règlement pacifique au problème ukrainien. Il n’a pas manqué aussi de souligner que la poursuite du bras de fer avec les occidentaux était dommageable pour eux, et pour les Italiens en particulier: les entreprises de la péninsule n’ont pas pu, par exemple, gagner un milliard d’euros à cause des sanctions, a-t-il affirmé.
La paix en Syrie et en Ukraine
En fin de journée, le président russe a été reçu au Vatican par le pape François. Lors d'un entretien privé d'une cinquantaine de minutes, le Souverain Pontife a notamment demandé au dirigeant russe «un effort sincère» pour «réaliser la paix en Ukraine».
«Vu le contexte mondial, a indiqué le Saint-Siège, la rencontre a été principalement dédiée au conflit en Ukraine et à la situation au Moyen-Orient». Il a été «convenu de l’importance de reconstruire un climat de dialogue et que toutes les parties s’engagent pour réaliser les accords de Minsk». Un engagement d’autant plus important qu’il doit aussi affronter «la grave situation humanitaire, assurant entre autres l’accès aux agents humanitaires», a précisé le directeur de la Salle de presse du Saint-Siège, le père Federico Lombardi.
Concernant les conflits en cours au Moyen-Orient, notamment en Syrie et en Irak, il a été rappelé «l’urgence de poursuivre la paix avec l’intérêt concret de la communauté internationale, assurant entre temps les conditions nécessaires pour la vie de toutes les composantes de la société, y compris les minorités religieuses, en particulier les chrétiens».
Le chef du Kremlin, proche du Patriarcat de Moscou, avait déjà été reçu par François le 25 novembre 2013. L’entretien avait essentiellement porté alors sur la vie de la communauté catholique en Russie et sur la gravité de la situation en Syrie. Le président russe et le pape avaient souligné l’urgence de faire «cesser la violence, d'apporter l’aide humanitaire nécessaire à la population», et de favoriser des «initiatives concrètes pour une solution pacifique au conflit». Cette rencontre intervenait deux mois après l’envoi d’une lettre du Saint-Père à l’occasion du G20 de Saint-Pétersbourg pour conjurer une intervention militaire étrangère en Syrie. Le pape François avait demandé aux grands de ce monde de ne pas rester «inertes face au drame vécu par la population syrienne». Lors de cette audience, le président russe avait par ailleurs transmis au pape les salutations du Patriarche Cyrille de Moscou et de toute la Russie.
Cette nouvelle visite interviendra alors que la guerre en Syrie continue de faire chaque jour de nouvelles victimes et que le conflit dans l’Est de l’Ukraine a déjà fait plus de 6.400 morts depuis son déclenchement en avril 2014.
Appel du chef de l'Eglise gréco-catholique d'Ukraine
A la veille de cette rencontre, le primat de l'Eglise gréco-catholique d'Ukraine, Mgr Sviatoslav Chevtchuk a fait parvenir au Vatican un message dans lequel il demande au pape François «d’être la voix du peuple ukrainien, de ses enfants, de tous les catholiques croyants en Ukraine qui souffrent». Il affirme également se tourner vers François «afin que comme père, il défende ses fils». L’archevêque majeur de Kiev est confiant «dans le fait que le pape puisse faire ce qui a été impossible jusqu’à présent». Un message relayé par l’agence de presse de la Conférence épiscopale italienne, SIR.
Le 20 février dernier, à l’occasion de la visite ad limina des évêques ukrainiens au Vatican, le pape François avait invité l’épiscopat local à rechercher la paix sans pour autant s'impliquer en politique.
Lors de ses deux premiers mandats présidentiels, Vladimir Poutine était également venu à plusieurs reprises en visite au Vatican, reçu en 2000 et 2003 par Jean Paul II, puis en 2007 par Benoît XVI.
Avec Radio Vatican

