Syrie : «Un conflit démoniaque», selon l’AED


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Syrie : «Un conflit démoniaque», selon l’AED
Par Jean-Jacques Durré
Publié le - Modifié le
4 min

syrieAprès sa visite en Syrie, le responsable du département du Proche-Orient de L’Aide à l’Eglise en détresse (AED) a parlé de la peur, mais aussi de l’espérance des chrétiens

La peur, mais aussi l’espérance marquent actuellement la communauté chrétienne en Syrie, comme le souligne le Père Andrzej Halemba, responsable du service du Proche-Orient de l’œuvre internationale de bienfaisance catholique «L’Aide à l’Eglise en détresse» (AED) après son retour de Syrie. «En janvier, je m’étais déjà rendu sur place auprès des partenaires de nos projets. Lors de ma visite récente, j’ai malheureusement pu constater un net changement d’ambiance. Depuis, les mauvaises nouvelles s’accumulent. Les dernières conquêtes des rebelles à Idlib et dans d’autres localités pèsent sur les chrétiens, surtout à Alep. Ils ont peur, ils croient que leur ville va subir encore plus de violences. En effet, les quartiers chrétiens d’Alep avaient déjà été sévèrement attaqués par les rebelles en avril. Le moral de la population est profondément ébranlé», raconte le Père Halemba, qui avait séjourné fin mai en différents endroits de Syrie dans le cadre d’une tournée d’inspection des projets de plusieurs jours. «Il vient s’y ajouter qu’au début de l’année, le Liban a quasiment fermé ses frontières aux réfugiés syriens. Cela concerne particulièrement les chrétiens, pour qui la vie est difficile dans les autres pays la région. C’est au Liban qu’ils se sont réfugiés de préférence. Maintenant, ils ont l’impression d’être pris au piège.»

Le Père Halemba ajoute que dans d’autres régions, il a néanmoins rencontré des chrétiens pleins d’espérance. «A Maaloula, mais aussi à Yabroud ou à Homs, il existe une véritable volonté de reconstruction. Les gens retournent dans leurs villages libérés par le gouvernement syrien et commencent à y reconstruire leurs maisons et leurs églises détruites. Les établissements scolaires ouvrent à nouveau, comme par exemple l’école melkite à Yabroud. Malgré les années de guerre, il y a encore tant d’énergie et de potentiel. Personnellement, cela m’a renforcé et encouragé dans mon travail. Nous autres de l’AED devons apporter notre soutien aux chrétiens, en particulier pour la restauration de leurs églises. Les maisons de Dieu maintenant rénovées sont comme des phares. Cela donne de l’espérance à la population et transmet un sentiment de normalité.» L’AED appuie aussi des projets pastoraux tels que l’enseignement du catéchisme aux enfants et aux adolescents, comme l’explique le Père Halemba. «Nous, les catholiques, devons connaître notre foi. Cela accroît notre force, également quand les temps sont durs.»

Priorité à l’aide d’urgence

Le Père Halemba a souligné que la majeure partie des fonds accordés par l’AED étaient toutefois consacrés à l’aide d’urgence. «Depuis le début de cette année, nous avons accordé environ 2 millions d’euros d’aide. Ce qui est décisif pour nous, c’est d’aider les chrétiens afin qu’ils puissent rester en Syrie. En effet, les plus aisés sont déjà partis. Ceux qui sont restés, ce sont les pauvres. Ils n’ont aucun salaire, ou alors des revenus très bas. Les prix, toutefois, sont élevés. Voilà pourquoi les gens dépendent du soutien de l’Eglise», explique-t-il. Selon lui, l’AED aide les personnes concernées à travers les partenaires de l’Eglise sur place, en accordant des aides à la location, de la nourriture et des articles d’hygiène. «Ce sont les prêtres qui se rendent auprès des gens, et non le contraire. J’ai bien pu l’observer à Marmarita. Beaucoup de chrétiens venus d’Alep ont trouvé refuge dans cette ville chrétienne. Elle est pleine à craquer. Les loyers ont décollé. Malheureusement, la détresse des réfugiés est souvent exploitée. Il est très encourageant de voir à quel point les gens sont reconnaissants de l’aide qu’ils reçoivent.»

Généralement, les problèmes en Syrie sont immenses, souligne le Père Halemba. «Ils sont déjà quatre millions de personnes à avoir quitté la Syrie, dont rien que 15.000 médecins. La moitié des établissements scolaires sont fermés. Les personnes atteintes d’une grave maladie souffrent particulièrement. Selon certains calculs, le manque de soins médicaux aurait tué plus de gens durant cette guerre que les combats en soi. Certains représentants de l’Eglise évoquent plus de 350.000 personnes décédées à cause de ces circonstances. Viennent s’y ajouter plus de 220.000 victimes de la guerre. Mais pour moi, le pire a été d’entendre que ce conflit a tué plus d’enfants que de femmes. Souvent, c’est en toute conscience qu’on a ainsi voulu enlever toute espérance aux parents. Cela montre bien à quel point ce conflit est démoniaque.»

AED

Catégorie : International

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