Pour la fin de l'année scolaire, la librairie diocésaine Siloë de Tournai projette le film "Marie Heurtin". Sorti au cinéma en 2014, ce film raconte le parcours courageux d'une jeune fille aveugle et sourde de naissance.
Voici un extrait de notre chronique cinéma dans le journal Dimanche, lors de sa sortie en salles: Jean-Pierre Améris, le réalisateur de "Marie Heurtin", s’est inspiré de faits réels qui se sont déroulés en France à la fin du 19ème siècle. Née sourde et aveugle en 1885, âgée de 14 ans, Marie Heurtin est incapable de communiquer. Son père, modeste artisan, ne peut se résoudre, comme le lui conseille un médecin qui la juge "débile", à la faire interner dans un asile. En désespoir de cause, il se rend à l’institut de Larnay, près de Poitiers, où des religieuses prennent en charge des jeunes filles sourdes. Malgré le scepticisme de la Mère supérieure, une jeune religieuse, Sœur Marguerite, se fait fort de s’occuper de Marie et de tout faire pour la sortir de sa nuit.
Jean-Pierre Améris avait été profondément marqué par le film d’Arthur Penn "Miracle en Alabama", qui retrace l’histoire d’Helen Keller, une jeune fille sourde et aveugle, sauvée par sa gouvernante qui va lui apprendre la langue des signes dans la main. Son projet d’en faire une adaptation n’a pas pu aboutir pour des questions de droits commerciaux. Tant mieux, aurait-on envie de dire, tellement le récit de Marie Heurtin est fort et poignant. "Ce que j’aime raconter dans mes films, explique Jean-Pierre Améris, ce sont des histoires de personnages qui sont enfermés et qui doivent surmonter un handicap pour aller vers les autres et trouver leur place dans la vie. Avec Marie Heurtin, c’est un peu le summum de cette idée. On ne peut pas imaginer plus enfermé qu’une fille comme elle qui naît sourde et aveugle. On a même du mal à concevoir intellectuellement le fait d’arriver dans un monde qu’on ne voit pas et qu’on n’entend pas".
Un duo époustoufflant
Le film se construit autour d’une relation, quasiment filiale, entre Sœur Marguerite (Isabelle Carré) et Marie Heurtin (Ariana Rivoire). Cette sœur, qui n’est pas éducatrice à la base, va comprendre que sa mission est d’accompagner cette jeune fille au comportement sauvage pour la mener vers la lumière. Portée par la foi et la persévérance, Sœur Marguerite va traverser les épreuves qui mèneront Marie à sortir de son silence. Pour le rôle, Isabelle Carré a appris la langue des signes qu’elle continue à pratiquer aujourd’hui. Face à elle, Ariana Rivoire est une véritable révélation. Découverte lors d’un casting dans un lycée qui accueille des personnes malentendantes, Ariana incarne le personnage de Marie avec une vérité qui déstabilise le spectateur. Sourde de naissance, elle a puisé dans son vécu l’intensité nécessaire pour exprimer la révolte, la peur ou encore la tristesse. Elle a également eu l’occasion de rencontrer des personnes sourdes et aveugles, ce qui l’a beaucoup aidée à respecter les mouvements et les attitudes qui correspondent à la réalité.
Jean-Pierre Améris s’est lui-même plongé dans l’univers des personnes sourdes et aveugles durant plus de quatre ans. Il a rencontré les éducateurs et les enfants au centre de Larnay qui existe toujours même s’il n’est plus tenu par des religieuses: "J’ai été fasciné de voir que ce sont toujours des ‘Marie Heurtin’ qui sont là, avec les mêmes défis. Il y a toujours cette violence du début avant d’apprendre à avoir confiance et à surmonter la distance ou la différence".
Manu VAN LIER
Projection de "Marie Heurtin" le vendredi 5 juin à 18h, au Grand auditorium du séminaire de Tournai. P.A.F.: 5 euros. Renseignements et inscriptions: https://www.siloe-tournai.be/index.php/evenements/a-venir
Une présentation plus complète de la Librairie diocésaine de Tournai dans le journal Dimanche n°22. Le PDF en vente ici.


