Ce dimanche 28 juin à 15h, Jacques Delva sera ordonné prêtre en la Cathédrale de Tournai. Cette ordination arrive à un âge bien avancé pour ce veuf, père de cinq enfants et grand-père. Mais l'appel du Seigneur s'est manifesté à de nombreuses reprises dans sa vie qu'il a toujours mise au service des autres.
D'emblée, Jacques Delva s'étonne que les journalistes s'intéressent autant à lui. "Vous savez, je n'ai pas grand-chose à raconter…", prévient-il. Tout au long de sa vie, ce Cominois n'a fait qu'essayer de répondre à la question: "Seigneur, qu'attends-tu de moi?" La réponse l'a entraîné dans des directions apparemment opposées qui, en fait, se rejoignent dans le service des autres. Le carton d'invitation à rejoindre la célébration de son ordination sacerdotale, le 28 juin à Tournai, donne une clé de lecture: "Notre cœur n'était-il pas tout brûlant sur la route, alors qu'il nous parlait et nous ouvrait les Ecritures?" Beaucoup d'étapes de la vie de Jacques Delva s'expliquent par un appel du Seigneur dont il ressentait l'importance en profondeur.
Né à Warneton d'une mère flamande et d'un père Cominois, Jacques Delva a vécu la majorité de sa vie dans cette région frontalière autant avec la Flandre qu'avec la France. Depuis la fin de son adolescence jusqu'en 2002, il a travaillé comme ouvrier. Une nécessité pour faire vivre sa famille, mais aussi pour contribuer manuellement à une vie plus épanouie. Ce talent pratique pour rénover une maison, pour peindre et faire les finitions, lui a notamment été utile pour mener à bien le chantier de l'Oasis à Comines.
Peu après son entrée dans la vie active, Jacques Delva a rencontré Françoise, qui a été son épouse pendant 41 ans, la mère de ses cinq enfants. "Pour moi, confie Jacques, c'était une évidence de fonder une famille." Au cœur de cette vie chaleureuse, il remarque: "Dieu est présent et attend quelque chose de moi, de nous." Avec sa femme, ils rejoignent le groupe de prière du Renouveau. Ils sont accompagnés pendant quatre ans par le Chemin neuf et envisagent même de s'engager dans une vie plus religieuse. Finalement, l'appel est venu d'ailleurs.
Seigneur, qu'attends-tu de moi?
A la fin des années 80, Françoise et Jacques Delva sont interpellés par les religieuses de Comines-Warneton pour réfléchir au sort d'une maison délabrée. Ce bâtiment qui aurait dû être abattu est finalement restauré pour créer un centre d'accueil appelé l'Oasis, comme ce lieu biblique où les pèlerins peuvent se désaltérer. Une partie des travaux ont été faits par des ouvriers professionnels, lui et sa femme réalisant pendant leurs heures libres les peintures et les finitions. Avec l'aide de trois religieuses, le couple s'implique dans cette maison d'accueil pendant 17 ans. Les premiers à en bénéficier furent les enfants de l'enseignement spécial qui avaient besoin de décrocher le temps d'une nuit, avant de retrouver leurs familles. Puis, ce sont les femmes en difficulté, accompagnées ou non d’enfants, qui sont venues à l'Oasis. Le lieu permet de réconforter ces femmes battues ou terrorisées, dans un climat aussi chaleureux que possible.
L'engagement de Françoise et Jacques Delva s'est terminé quand le diagnostic de Parkinson a été posé pour Mme Delva. D'autres personnes ont repris la responsabilité de l'Oasis. Au même moment, Jacques Delva est sollicité par le doyen Jean Demay, pour rendre des services aux communautés chrétiennes de Comines. Cette invitation du doyenné rejoint son intuition personnelle que le Seigneur l'appelle à autre chose. Il chemine alors vers le diaconat, ce ministère d'Eglise ouvert aux hommes mariés pour le service de leurs frères et sœurs en Christ. En tant qu'animateur en pastoral puis comme diacre, il accompagne de nombreuses familles pour les baptêmes, les mariages et les funérailles. Il est également chargé de la pastorale des homes, c'est-à-dire qu'il visite régulièrement les dix maisons de retraite de l'entité de Comines. "Dans la vie, il y a des rencontres qui marquent et la vôtre en fait partie", témoigne Martine, une paroissienne. "Vous avez su être à mon écoute et vous avez très bien ressenti ma peine. Si je peux me permettre, restez comme vous êtes: à l'écoute de l'autre, compréhensif et attentionné." Ces mots écrits avec le cœur confortent Jacques Delva dans sa mission principale: il n'a peut-être pas le talent de la parole, mais certainement le charisme de l'écoute.
Le diacre de Comines-Warneton devait, à la même époque, accompagner son épouse dans la maladie. Très concrètement, il la conduisait et la ramenait des soins à l'hôpital… Aussi surprenant que cela paraisse, "Dieu me parlait pendant ces années où Françoise était en fauteuil roulant. Au plus la maladie avançait, au plus j'aimais ma femme." Jusqu'à ce 24 novembre 2012 où sa femme rejoint le Ciel. Jacques Delva se sent alors comme les disciples sur le chemin d'Emmaüs: triste d'être séparé de celle qu'il aime, mais réconforté par ces moments et ces phrases qu'il a partagés pendant 41 ans avec elle.
Quitte ton pays
Peu de temps après les funérailles, Jacques Delva réentend cette question: "Seigneur, qu'attends-tu de moi?" Une fois encore, l'appel prend forme pour qu'il chemine vers une ordination sacerdotale. Son interlocuteur à l'évêché autant que les membres de sa famille lui montrent le rôle qu'il pourrait remplir en tant que prêtre. Et le voilà en formation pendant deux années, un cursus raccourci étant donné qu'il avait déjà suivi des cours pour devenir diacre quelques années plus tôt. Aujourd'hui, à quelques jours de son ordination presbytérale, il se sait soutenu par ses enfants: certains sont heureux pour lui, d'autres respectent le chemin original qui l'invite à servir Dieu. "Aujourd'hui, je ne sais pas ce qui m'attend, confie-t-il. Ma future mission de prêtre ne ressemblera sans doute pas à ce à quoi je m'attends."
Un peu comme Abraham à qui Dieu demande "Quitte ton pays…", Jacques Delva va être nommé pour des responsabilités pastorales quelque part dans le diocèse de Tournai. Sa destination ne sera connue qu'au jour de l'ordination, le 28 juin. Pour le futur prêtre, il importe de garder une vie de prière ainsi que des temps fraternels avec ses collègues en mission pastorale. "C'est aussi un honneur de célébrer l'Eucharistie et de donner le Pardon de Dieu". Comme il l'a symbolisé sur le carton d'invitation à l'ordination du 28 juin, c'est le prolongement d'une route commencée par son baptême, renforcée par l'Esprit de la confirmation. Cette route s'est poursuivie à deux avec Françoise, elle se prolonge maintenant dans une mission ecclésiale encore à inventer.
Anne-Françoise de BEAUDRAP
