Depuis plusieurs années, l'Inde est secouée par une vague de suicides au sein de la population rurale. Si le pays enregistre une croissance économique constante depuis trois ans, les paysans ne profitent guère de la prospérité. En vingt ans, le Bureau national des statistiques indien estime à 300.000 le nombre d'agriculteurs désespérés qui se sont suicidés dans le pays.
En Inde, les paysans et agriculteurs représentent 60% de la population. Nombre d'entre eux ont investi dans le coton dont la culture bat son plein, notamment dans les régions d'Andhra Pradesh, Maharashtra, Karnataka et Kerala. Pour assurer leurs cultures et faire face à la production massive et au monopole des grandes entreprises agro-industrielles, les petits agriculteurs locaux ont été contraints d'emprunter de l'argent. Un emprunt qu'ils peinent de plus en plus à rembourser et qui les conduit trop souvent à commettre un acte désespéré.
Les agriculteurs locaux s'étaient pourtant montrés favorables à l'adoption de nouvelles techniques de production. Ils ont été nombreux à investir dans des engrais chimiques et dans des pesticides pour booster leur production. D'année en année, l'utilisation excessive de ces produits a engendré une dégradation des sols et a contribué à la perturbation de tout l'écosystème. Par conséquent, le prix du coton a chuté tandis que les frais de production n'ont fait qu'augmenter. Les mauvaises récoltes de ces dernières années ont entraîné de nombreux paysans dans la misère, incapables de rembourser l'emprunt qu'ils avaient obtenu pour l'achat de semences et de pesticides.
L'Eglise se mobilise
Selon les estimations évoquées par Caritas Inde, quelque 5.000 agriculteurs ont mis fin à leur jour au cours des six dernières années. Depuis plusieurs années, l’Eglise en Inde surveille le phénomène qu'elle a maintes fois qualifié, selon Fides, de "blessure profonde pour la société indienne". L'Eglise exprime sa solidarité aux agriculteurs en promouvant notamment une série de programmes d’aide et d’assistance aux petits paysans par l’intermédiaire de la Caritas Inde.
"Si les paysans s'affaiblissent et tombent malades parce qu'ils n'ont pas de quoi se nourrir, si les enfants abandonnent l'école et hypothèquent de cette manière leur avenir, ce sont néanmoins les femmes qui sont touchées le plus durement", explique Oswald Gracia, archevêque de Mumbai et président de la Conférence épiscopale indienne, dont les propos sont rapportés par Caritas International. "Une femme qui perd son mari reste seule sans ressources alors qu'elle a à sa charge les enfants. A partir du moment où toute la communauté se retrouve dans une situation semblable, les amis et la famille ne peuvent plus leur donner de l'aide", poursuit l'archevêque.
C'est pour dénoncer les causes de ces suicides massifs et pour venir en aide aux petits agriculteurs locaux que Caritas Inde a lancé la campagne "Sauvez les agriculteurs, sauvez l'Inde". Aujourd'hui, le projet porte le nom de FARM (Facilitating Agricultural Regeneration Measures) et poursuit les mêmes objectifs: aider les paysans ruinés à se remettre sur pied grâce à une approche intégrée de l'agriculture durable.
S.T. (avec Caritas International et Fides)

