La ville de Mouscron a demandé à celle de Wattrelos d'ériger une protection autour de l'aire de d'accueil pour les gens du voyage que sa voisine française doit aménager. Depuis quelques jours, l'affaire dite du "mur anti-roms" fait polémique.
"C'est sur l'insistance des riverains que cette mesure de protection a été prise", indique Alfred Gadenne, le bourgmestre Cdh de Mouscron qui précise cependant que ce projet est français et pas une demande de sa part. Et d'expliquer que ce mur ne courra pas tout le long de la frontière mais seulement à la hauteur du futur centre d'accueil que la commune française de Wattrelos va aménager.
En effet, comme toutes les villes françaises de plus de 5.000 habitants, Wattrelos doit créer une aire de stationnement viabilisée pour les gens du voyage. Pour cela, la municipalité va aménager un terrain vague qui pourra accueillir 24 caravanes dès 2016. Problème: ce terrain se situe juste de l'autre côté de la limite avec la ville de Mouscron. Et les riverains belges voient d'un mauvais œil ce futur voisinage… Certains se plaignent déjà de vols et d'intrusion dans les jardins. D'où l'exigence d'une protection pour garantir leur tranquillité.
Du grillage au béton
Au départ, le projet prévoyait un simple grillage mais c'est finalement un mur en plaques de béton d'une hauteur de 2,4 mètres et long de plus de cent mètres qui a été décidé. Pour le bourgmestre de Mouscron, le but de ce mur est d'empêcher un accès immédiat à la Belgique. "Le but n'est pas de cacher ces gens mais bien de mettre en place un dispositif plus sécurisant." Mais depuis deux jours, la polémique se déchaîne à Mouscron entre les partisans du mur, ses opposants qui le qualifient de mur de la honte, et la majorité… qui ne croit pas à l'efficacité de la mesure.
Henri Gadaut, adjoint au maire de Wattrelos, a tenté de calmer le jeu. «Il s'agit d'une simple palissade, modère-t-il, qui a été ajoutée au projet d'aire d'accueil à la demande des riverains tant belges que français». Il précise que ce n'est pas «un mur anti-rom» comme ont pu le qualifier certains journaux belges «puisqu'il ne s'agit pas de roms».
Si, du côté belge, des habitants dénoncent des problèmes de voisinage et de dégradations, Henri Gadaut minimise ce risque d'incidents. La police municipale confirme que le camp existant par ailleurs, et où vivent treize familles, ne pose pas de gros problèmes. Même son de cloche avec la société française Vesta qui gère de tels emplacements dédiés aux Gens du voyage. Cette dernière estime d'ailleurs qu'un tel mur va stigmatiser les occupants de cette aire d'accueil et qu'il posera plus de problèmes qu'il n'en résoudra.
Habitué de ce type de dossiers, l'avocat Georges-Henri Beauthier a indiqué de son côté que "Si demain certains s’engagent à détruire ce mur avec des pioches, je serai le premier à amener la mienne . Jamais dans l’histoire un mur n’a apporté de solutions. Au contraire, il a toujours été la preuve d’un échec, d’une impossibilité de se parler ou de dialoguer."
P.G. (avec la Libre Belgique)
