On avait annoncé que la ministre de l’Enseignement, Joëlle Milquet, présenterait son avant-projet de décret sur les cours de citoyenneté au conseil des ministres de la Fédération Wallonie-Bruxelles. Il n’en a rien été. Il semble que des tensions entre partenaires de la majorité en soient la cause.
La presse avait annoncé que Joëlle Milquet devait présenter au gouvernement de la Fédération Wallonie-Bruxelles (FWB) son avant-projet de décret sur le futur cours de citoyenneté pour les élèves de primaire et de secondaire. Et dans la foulée, le texte avait été diffusé, au grand dam du cabinet de la ministre, qui, elle était en colère face à ces « fuites ». Son porte-parole avait d’emblée précisé qu’il ne s’agissait qu’une note interne de travail et non du texte d’avant-projet.
Toujours est-il que l’avant-projet n’a pas été inscrit à l’ordre du jour de la réunion ministérielle de ce mercredi 20 mai. Du côté du cabinet de l’Enseignement obligatoire, on précise que l’adoption du texte est reportée d’une semaine et qu’aucune communication ne sera fait avant qu’un accord ne soit intervenu.
Il faut dire que le sujet divise et c’est bien là que le bât blesse. Le texte proposé par Joëlle Milquet est loin de faire l’unanimité chez le partenaire socialiste, mais aussi… dans son propre parti, le cdH.
Un dossier sensible
On en veut pour preuve la réaction du ministre socialiste du Budget André Flahaut. Dans un communiqué, il a indiqué que le gouvernement devait se prononcer rapidement sur la création du cours, mais il a surtout très clairement exprimé la possibilité de supprimer les cours de religion et de morale dans le réseau officiel et de les remplacer par deux heures de cours de citoyenneté. Le projet, on le sait, ne prévoit qu’une heure de suppression. En ce faisant, le ministre Flahaut ne fait que rappeler un point figurant dans le programme du PS, mais il indique surtout une intention que l’on pouvait craindre : celle de supprimer tous les cours de religion et de morale. Face à cette réaction, on ne peut en déduire qu’une chose : si André Flahaut est monté au créneau, les ministres socialistes du gouvernement de la FWB, qui sont majoritaires, sont donc sur la même longueur. Cela ne veut pas dire que Joëlle Milquet est isolée. Elle a le soutien du gouvernement mais le dossier reste sensible sur le fond, c’est-à-dire sur le contenu de ces cours.
Par ailleurs, Joëlle Milquet doit aussi composer avec des réticences dans son propre parti. Selon La Libre, « un membre du parti humaniste, grand spécialiste de l’enseignement, avance discrètement une piste de solution pour sortir de l’affrontement avec les laïcs ». Le quotidien affirme que ce membre cdH suggère que, dans le secondaire, on dispense aux élèves deux heures par semaine de cours de citoyenneté auxquelles s’ajouterait une heure de religion ou de morale. Cette heure serait organisée lors d’une des quatre périodes d’activités complémentaires que peuvent suivre les élèves et elle aurait une valeur certificative. Pas sûr que la ministre adhère à cette idée.
Dans ce dossier, il y a clairement un affrontement idéologique entre laïcs et croyants. Comme l’atteste le fait que le premier avant-projet a été rejeté par le gouvernement communautaire. Reste à espérer que le cdH continuera à défendre les cours de religion et de morale, car exclure la religion de la sphère éducationnelle serait la plus grande erreur ! Et les tenants de la laïcité en sortiront grands vainqueurs.
J.J.D.

