Grèce: L’Église au secours de l’État


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Grèce: L’Église au secours de l’État
Par Pierre Granier
Journaliste de CathoBel
Publié le - Modifié le
3 min

Grece-eglise-drapeauL'Église grecque va entamer une discussion avec le gouvernement pour voir dans quelle mesure elle pourrait apporter son aide afin de renflouer les caisses de l’État.

 

Le premier ministre grec de gauche radicale, Alexis Tsipras, est un athée déclaré mais qui entretient des relations cordiales avec le clergé grec. Il n'a d'ailleurs pas hésité à remercier "de tout cœur" le chef de l’Église orthodoxe grecque, Mgr Hiéronymos, après que ce dernier ait accepté que le gouvernement grec lance un "dialogue" concernant le sort d'un certain nombre de biens du clergé.
Ce qui ressemble à un lancement officiel de négociations intervient quelques jours après que Mgr Hiéronymos ait récemment déclaré mettre à disposition la fortune de l’institution pour aider à rembourser la dette publique du pays. A l'occasion de la fête de Pâques, il avait en effet expliqué à la télévision que les biens de l'Église pourraient, sans être vendus, être exploités en vue d'en tirer des revenus.
Alors que la Grèce est toujours en proie à une crise économique qui semble inextricable, cette perspective devrait aboutir à des mesures positives afin de redresser (un peu) la situation financière de l'État. Elle désamorce surtout le risque d'entrée en conflit avec l'Église sur la question de son "imunité fiscale". En particulier la taxe foncière dont elle est exonérée alors qu'elle est le deuxième propriétaire du pays avec plus de 130 000 hectares de terres agricoles, de forêts, des milliers de kilomètres de littoral mais aussi des grands hôtels, des parkings... Bref une fortune qui, selon des estimations circulant dans la presse grecque, varie de 700 millions à 2,5 milliards d'euros.

Un rôle social éminent

D'ailleurs, Alexis Tsipras n'a pas attendu d'être chef d'État pour comprendre qu'il ne pouvait se mettre l'institution ecclésiale à dos. Son rapprochement s'est opéré avant son élection. En août dernier, il s'était ainsi rendu au mont Athos, lieu sacré de l'orthodoxie grecque.
Dans un pays où 80% de la population se déclare orthodoxe, la crise a en effet accentué le rôle social du clergé qui est en ce moment une réalité particulièrement visible. Soupes populaires, fourniture de médicaments, aide financière aux familles dans le besoin... l'Église de Grèce pallie depuis quatre ans les défaillances de l'État grâce à un réseau d'oeuvres philanthropiques étendu et efficace. Et elle assure aussi le fonctionnement des 750 hospices, maisons de retraite et orphelinats. Par ailleurs, il faut rappeler que les prêtres ont subi une perte de 30% de leurs salaires, participant ainsi, à l'instar de tous les fonctionnaires du pays, aux efforts de rigueur.
Face à l'urgence de la crise, le premier ministre grec a donc évacué un certain nombre de projets que portait Syriza, son parti, mais heurtant l'Église. Il s'est montré ainsi très prudent sur les questions du mariage et de l'adoption pour les homosexuels, assurant que cela ne faisait pour l'instant pas partie de son programme. De même, il ne s'est pas engagé sur le chemin de la séparation de l'Église et de l'État. Cela aurait été un vrai séisme dans ce pays où la religion orthodoxe est un facteur essentiel de l'identité nationale. Elle est de fait protégée par l'article 3 de la Constitution hellénique dont le préambule invoque la Sainte Trinité...

P.G. (avec Le Soir et Le Point)

Catégorie : International

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