Indignation, choc, colère. De nombreux Turcs sont en deuil à la suite du viol et de l'assassinat de l'étudiante Ozgecan Aslan. Le nom et le visage de la jeune femme ont fait le tour des réseaux sociaux qui abondent de témoignages de faits de violence à l'encontre de femmes.
Depuis cinq jours, la Turquie est sous le choc. Le corps de la jeune Ozgecan Aslan a été retrouvé le 13 février dernier dans une rivière de Tarsus, sa ville natale située au sud du pays. L'étudiante avait été violée et torturée, brulée et tuée à coups de barres de fer. La presse locale raconte la succession d'actions abominables de l'auteur présumé de l'agression, le chauffeur de bus qui ramenait la jeune fille de l'université à son domicile. Ahmet Suphi Altindoken, n'a pas agi seul puisqu'il avait deux complices, dont son propre père. Dimanche dernier, ils ont tous les trois livré leurs aveux à la police.
Depuis des manifestations ont été organisées dans les principales villes de Turquie rassemblant des dizaines de milliers de personnes. Des citoyens d'autres pays se sont également mobilisés, notamment à Londres et à Berlin. Les réactions sur les réseaux sociaux ne cessent de tomber ces derniers jours. Sur Twitter, le hashtag #Sendeanlat, traduisez "on vous dit" ou "toi aussi raconte", a été retwitté plus de centaines de milliers de fois. Les débats sur le harcèlement sexuel et les violences envers les femmes ne cessent d'inonder la toile.
justice for all women who are victims of male violence: whatever we wear wherever we go yes means yes and no means no. #sendeanlat
— Hilal ⭐️ (@stargazer666_) 15 Février 2015
Un jour blanc, un jour noir
La vague de colère n'a pas tardé à prendre une tournure politique. Le président Recep Tayyip Erdogan est pointé du doigt, lui qui n'avait pas hésité à qualifier de "contre-nature" l'égalité homme-femme il y a quelques semaines. Lundi, il a retourné sa veste en tenant les propos suivants: "la violence contre les femmes est une plaie ouverte dans notre société (...), une rupture de la confiance de Dieu ". Il a dénoncé le récent assassinat et a espéré que les auteurs présumés d' Ozgecan Aslan écopent de "la peine la plus sévère".
L'AKP, le parti islamiste au pouvoir, est également accusé de détenir une grande part de responsabilité dans la recrudescence des violences faites aux femmes du pays en raison de l'image qu'il promeut de la gent féminine. Sans parler de l'appel, le 29 juillet dernier, du vice-Premier ministre, Bument Arinç, demandant aux femmes de ne pas rire en public, question de "droiture morale".
Le viol et le meurtre d' Ozgecan Aslan ont fait déborder le vase. Les femmes turques sont nombreuses à sortir de leur silence et les hommes sont également appelés à manifester en jupe samedi prochain sur le square de Taksim à Istanbul.
S.T.
Women in Turkey are sharing their everyday sexual harassment and violence stories, which are unfortunately all too familiar #sendeanlat
— Burcu Karahan (@BurkuKarahan) 16 Février 2015

