''Seigneur, je te confie ma fille qui ne sera pas avec moi pour ce Noël.'' Une première intention de prière qui sera suivie d'autres tout aussi émouvantes. Ainsi ce détenu qui invite à prier pour les victimes - majoritairement des enfants - de cette tuerie au Pakistan. Un autre encourage à prier pour les détenus des différentes prisons tout en remerciant les équipes d'aumônerie: ''Avec eux, nous ne sommes pas seuls contrairement à ce qui se passe pour beaucoup de personnes qui n'ont plus de famille.'' Des intentions de prière adressées également à ceux qui n'ont pas de quoi manger, à ceux qui n'ont plus de famille... Laurence Vigneron, membre de l'équipe d'aumônerie encore émue par ce qu'elle vient d'entendre: ''Ils ne sont pas toujours calmes mais ils ont un grand coeur.'' Cette messe de Noël à la prison de Marche, c'était une première. La construction de cet établissement pénitentiaire a demandé deux années de travaux. Il accueille depuis seulement novembre 2013 des détenus. Un bâtiment ultra moderne à la fois lumineux et coloré dans lequel sont incarcérés trois cents hommes et onze femmes.
L'abbé Fernand Stréber, aumônier de prison, en connaît le moindre recoin. Il a été associé, dès le départ, aux nombreuses réunions de chantier. Et lorsque les premiers détenus sont arrivés, il était encore là. Très vite, Laurence Vigneron, assistante paroissiale, a quitté la prison de Nivelles et son aumônerie pour le rejoindre. L'abbé Stréber et Laurence Vigneron ont appris à se connaître, à travailler ensemble. Chacun fonctionne selon sa personnalité.
Le tout bien sûr dans le respect de la plus grande confidentialité. Les aumôniers ne questionnent pas le détenu sur les raisons de sa présence dans une telle institution. Laurence Vigneron: ''Je les rencontre dans ce qu'ils sont aujourd'hui. Je veux les voir dans leurs qualités, dans ce qu'ils ont de positif: ce qui est fait est fait et ils ont été jugés. Eux aussi ont droit d'avoir des mains qui se tendent. J'aime ces paroles de soeur Emmanuelle qui avait coutume de dire en évoquant ses chiffonniers et les ''dérapages'' de certains: 'A leur place qu'est-ce que j'aurais fait?'''
Ce jour-là, à quelques heures de Noël, les membres de la chorale de Marche ont animé, vocalement, cette célébration si particulière. Ils n'étaient pas possible à l'ensemble des membres de la chorale de passer les grilles de la prison: alors il a fallu procéder à un tirage au sort! Quelques minutes de répétition et déjà Sébastien et Moïse arrivent. Deux détenus qui aiment la musique. De véritables autodidactes qui apprennent à jouer d'un instrument depuis leur détention. Ils ne maîtrisent pas encore parfaitement et la flûte et la guitare mais on les sent très heureux de pouvoir se produire. Choristes et musiciens ont ainsi entonné avec énormément d'entrain ''Il est né le divin enfant'' ou encore ''Les anges dans nos campagnes''...
''La crèche nous enseigne les merveilles de Dieu''
Mgr Warin: ''De la crèche, approchons-nous sans bruit, sur la pointe des pieds, avec un respect infini. Un nouveau-né a besoin de beaucoup dormir. Regardez son visage: tout le portrait de son père, tout le portrait du Père du ciel. Le Dieu des grands espaces et des larges horizons se dit tout entier dans un petit enfant démuni, vulnérable. Pour visiter la terre, Dieu n’a pas choisi de descendre du ciel en grande pompe, à bord d’un hélicoptère blanc ou par un grand escalier de marbre blanc. Non, il a pris l’habit du mendiant, du pauvre qu’on peut repousser. N’est-il pas symptomatique que les parents du petit, qui avaient cherché à ce qu’il soit reçu, ne trouvèrent, cette nuit-là, que des portes closes: pas de place pour lui dans la salle d’hôtes! Autres personnages de la crèche à entourer, dès la nuit de la Nativité, le petit agneau de Dieu: des bergers qui, dans les champs voisins, gardaient leurs troupeaux. Ne les idéalisons pas: nous ferions erreur. Le plus souvent, c’étaient des voleurs. Mais nul n’est trop loin pour Dieu, et si grande soit la distance de nous à Dieu, elle est toujours nulle de lui à nous. Et puis quand on reconnaît sa faute, quand on sait sa faiblesse, sa petitesse, on trouve plus facilement le chemin de la crèche. A Bethléem, la porte de la Basilique de la Nativité est si basse qu’il faut se courber pour y pénétrer: seul celui qui se fait petit peut trouver l’enfant-Dieu. S’ils étaient là, voyez-vous, tous les animaux de la crèche, ce n’est pas un hasard. C’est pour que, devant la crèche de Bethléem, nous ne soyons pas tristes de nos limites et ne nous désolions pas de nos pauvretés.''
