Le drame de migrants en Méditerranée: l’urgence d’agir !


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Le drame de migrants en Méditerranée: l’urgence d’agir !
Par Jean-Jacques Durré
Publié le - Modifié le
4 min

migrantsQuel mot peut qualifier le drame qui se joue en Méditerranée ? En l’espace de trois jours, des cargos à la dérive ont mis en péril la vie de plus d’un millier de migrants, victimes de « passeurs » sans scrupules, qui méprisent la vie.

Ce nouvel épisode du drame de l'immigration clandestine, quasi-permanent depuis des mois en Méditerranée, repose la question de la surveillance en mer et au départ de différents ports. On ne peut plus laisser des centaines, voire des milliers de personnes, candidates à l’immigration, victimes de passeurs qui, après leur avoir pris des montants très importants pour tenter la traversée, les abandonnent en sachant pertinemment que ces migrants risquent d’y laisser leur vie.

Ce vendredi 2 janvier, un cargo à la dérive transportant 450 migrants - des hommes, des femmes, mais aussi des enfants, selon la marine italienne - a de nouveau contraint la marine militaire à intervenir. Deux jours plus tôt, une autre opération avait sauvé près de 900 immigrés clandestins. Le navire, baptisé Ezadeen, était à la dérive dans la nuit de jeudi à vendredi. Ses machines en panne et à cours de carburant, ce bâtiment de 73 mètres, a été abandonné par son équipage. Le navire avait tout d’abord été repéré par un avion des garde-côtes à 130 kilomètres des côtes italiennes. Les autorités maritimes ont tenté de le contacter, sans succès, jusqu'au moment où une femme – probablement une migrante – a réussi à expliquer la situation par radio, en demandant de l’aide.

Le cargo dérivait vers les côtes italiennes, où il risquait de s'y fracasser. Six garde-côtes italiens ont été déposés sur le navire par un hélicoptère de l'aéronautique militaire et sont parvenus à en prendre le contrôle. Deux jours auparavant, le même hélicoptère avait déposé un équipage de garde-côtes pour prendre le contrôle d'un autre cargo, abandonné par son équipage, le Blue Sky M, et transportant près de 800 migrants. « Une hécatombe a été évitée », s'était alors félicité la marine.

Rappelons que le 20 décembre dernier, au large de la Sicile, les garde-côtes italiens secouraient quelque 800 migrants, principalement syriens, se trouvant à bord d'un cargo de 70 mètres abandonné par son équipage, lequel avait enclenché le pilote automatique. Ce navire était parti de Turquie et les migrants, incapables d'en prendre le contrôle, avaient alerté les autorités italiennes par téléphone satellitaire.

L'Europe doit réagir

Reste que ces drames humains risquent un jour de devenir de véritables tragédies. Certes, il est difficile de localiser les ports exacts où ces migrants embarquent, ce qui permettrait de coincer les passeurs et les empêcher de se livrer à leur sinistre trafic. Ainsi, selon une source de la marine italienne, l'Ezadeen était lui aussi parti de Turquie, mais d’après un site spécialisé dans le suivi du trafic maritime, il aurait quitté le port chypriote de Famagouste après être parti de Tartous en Syrie. On comprend donc la difficulté.

L’Europe se doit de réagir. Dans un premier temps, elle doit faire preuve de solidarité envers les pays qui doivent faire face à cet afflux de migrants ; l’Italie en première ligne, mais aussi Malte et la Grèce. Rien que l’Italie voit arriver environ 400 clandestins par jour, ayant tenter de traverser la Méditerranée au risque de leur vie. Plus de la moitié sont des Syriens ou des Erythréens. La grande majorité arrive à bord de canots pneumatiques ou de vieux bateaux de pêche partant de Libye, où le chaos qui a suivi la chute du pouvoir de Mouammar Kadhafi laisse le champ libre aux passeurs.

Toutefois, le trafic de ces être humains a pris une autre dimension comme le prouve le recours récents à des bâtiments de gros tonnage, comme les deux navires concernés cette semaine. Ces bâtiments permettent d'entasser des centaines de candidats à l'immigration illégale, dont la majorité provient de Turquie. Pourquoi ne pas demander la coopération d’Ankara dans le contrôle des départs ? C’est une autre étape que pourrait faire l’Europe. Elle pourrait y mener aussi des campagnes de prévention, expliquant que le Vieux continent n’est pas l’Eldorado espéré.

Sans doute, l’immigration fait–elle peur. Il faut dire que depuis des décennies, c’est un sujet souvent brandi par les dirigeants politiques, qui jouent sur cette peur de l’étranger pour se faire élire. Par ailleurs, en période de crise économique et sociale, il est difficile de faire accepter à nos populations d’accueillir ces migrants. Mais est-il normal de s’arrêter à ces critères matérialistes lorsque la vie est menacée. Posons-nous la question de savoir ce que nous ferions si nous étions à la place de ces migrants, fuyant la guerre, la misère, les injustices et les exactions. Nous ne pouvons rester insensibles.

Lors de sa visite au Parlement européen de Strasbourg et au Conseil de l’Europe, le pape François a interpellé les décideurs politiques, les enjoignant de ne pas se replier sur eux-mêmes, de ne pas faire de l’Europe une forteresse et de ne pas transformer la Méditerranée en cimetière. Espérons que ces paroles auront été entendues et des réactions fortes y donneront suite, à la lumière de ce qui se vit maintenant. Sans cela, c’est une bombe à retardement qui nous explosera tôt au tard à la face et qui, outre le drame humain qui en résultera, pèsera sur nos consciences et notre âme.

Jean-Jacques Durré


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