Au Luxembourg, la séparation est de plus en plus nette entre les Eglises et l'Etat. L'enveloppe budgétaire au financement des cultes est réduite des deux-tiers, passera de 24,6 millions à 8,3.
Le Grand-duché du Luxembourg modifie substantiellement la place constitutionnelle des religions. Un accord a été négocié entre le gouvernement et les Eglises était présenté mercredi 21 janvier devant la commission des institutions et de la révision constitutionnelle, puis devant la Chambre parlementaire. Les représentants des cultes catholique, anglicane, orthodoxe, ainsi que la communauté israélite, et pour la première fois le culte musulman ont obtenu en début de semaine un compromis. Mgr Hollerich dit pourtant "il y a dans ce compromis des points qui vont faire mal et qui vont coûter chers à l'Eglise."
Cette convention présentée à la presse lundi 19 janvier, qui sera traduite dans la constitution luxembourgeoise, prévoit :
D'abord le montant annuel versé par le Grand-Duché au financement des cultes défini "en fonction de l’importance des communautés religieuses". L'Eglise catholique recevra à ce titre 6,75 millions (au lieu de 23,72 actuellement). L'enveloppe globale de l'Etat aux 5 cultes passera de 24,6 à 8,3 millions d’euros. Le culte musulman fort de ses 4000 membres se dit satisfait d'être désormais pris en considération avec un budget annuel de 450 000 euros. L'Etat a prévu une disposition générale permettant d'annuler une subvention annuelle si un membre d'une communauté religieuse ne respecte pas "l’ordre public, les droits de l’homme et l’égalité de traitement." Ensuite, à partir de la date d'application de cet accord, les cultes ne peuvent plus engager de collaborateurs sur le budget d'Etat. Les nouveaux collaborateurs seront engagés sous contrats privés.
La partie consacrée à l'Eglise catholique aborde encore la douloureuse question de la réaffectation de certaines églises, sous le couvert d'un Fonds de la Gestion des Edifices Religieux du Culte Catholique. Ce Fonds reprendra les fonctions des fabriques d'église. Des négociations auront lieu jusqu'en 2017 entre les communes et le ministère de l'intérieur sur les édifices qui seront affectés au culte. Les autres bâtiments seront désacralisés, le Fonds de gestion des édifices religieux aura la priorité pour reprendre le contrôle des mobiliers et objets religieux. La commune en disposera ensuite librement tout en respectant le caractère et la dignité des lieux.
Cours de religion, nouvelle version
L'accord passé entre l'Etat et les cultes prévoit que le ministère de l'Education a la charge d'établir le programme du socle "éducation des valeurs". L'objectif principal sera d’ "amener progressivement l’élève à confronter son vécu et sa quête de sens avec les grandes questions de l’humanité et avec des éléments de réponses issus de réflexions philosophiques et éthiques ainsi que des grandes traditions religieuses et culturelles". Il est aussi prévu que les professeurs de religion actuellement en fonction reçoivent une formation adéquate.
Ce dernier point n'est pas accepté par le parti conservateur CSV qui plaide pour garder un cours de religion. L'autre opposition vient du contenu même des formations que les professeurs de religion devront recevoir: "Nous ne savons même pas ce qu'inclura ce cours... s'indigne A. Bruckner, député de Déi Lénk (coalition gouvernementale)... Définissons d'abord quel genre de cours ce sera avant de décider quelles qualifications les enseignants devront avoir" .
A.-F. de Beaudrap

