Dimanche 11 janvier, Frank Van Den Bleeken, en prison depuis plus de 25 ans pour plusieurs délits à caractère sexuel, devait être euthanasié à la prison de Bruges. Vendredi, il devait être transféré de l’aile psychiatrique de la prison de Turnhout vers l’institution pénitentiaire de Bruges où un médecin pratiquerait, deux jours plus tard, l'acte euthanasique. Le quotidien flamand De Morgen avait révélé cette information dans son édition du weekend. Lundi, l’avocat de l’interné, Me Jos Van der Velpen, n’a pas confirmé ces déclarations, invoquant le secret médical et le secret professionnel. Ce mardi, en début d'après-midi, le cabinet de Koen Geens, le ministre de la Justice, a finalement réagi après s'être abstenu de tout commentaire : Frank Van Den Bleeken ne sera finalement pas euthanasié ce weekend mais sera admis au centre de psychiatrie légale de Gand.
Il y a trois ans, Frank Van Den Bleeken avait déposé une première demande d’euthanasie pour mettre un terme à d’insurmontables souffrances psychologiques. La Commission de la justice lui avait refusé cette requête, estimant notamment que tous les moyens thérapeutiques n’avaient pas été épuisés pour alléger le désespoir de l’intéressé. Ce dernier avait alors demandé son transfert vers un hôpital spécialisé aux Pays-Bas mais n’avait pas obtenu de réponse favorable. Le SPF Justice et l’avocat de l’intéressé avaient finalement conclu qu’il serait euthanasié faute de soins appropriés chez nous.
"La question essentielle à laquelle il faudra répondre est de savoir si les souffrances inapaisables invoquées, sont liées à sa maladie ou à son emprisonnement", a réagi, dans le Journal Le Soir de ce mardi, Jacqueline Herremans, présidente de l’Association pour le droit de mourir dans la dignité (ADMD). "Il faut séparer ce qui est lié à la maladie psychiatrique et aux souffrances psychiques et ce qui est lié aux conditions désastreuses d’enfermement", souligne-t-elle. "En parlant de ce cas limite, on oublie les milliers de cas où l’on permet une mort digne ou un apaisement grâce à l’assurance de voir sa volonté entendue le moment venu. Ici, le risque est grand de voir les adversaires à toute loi dépénalisant l’euthanasie brandir ce cas en disant que l’Etat se sert de la loi pour régler des problèmes de surpopulation carcérale et, demain peut-être, de soulager le déficit de la sécurité sociale, etc. C’est une instrumentalisation grossière, mais cela risque de fonctionner", met en garde la présidente.
"Une peine de mort déguisée"
Depuis le "cas" de Frank Van Den Bleeken, une quinzaine de détenus ont déposé des demandes similaires. Hier dans un communiqué, La Ligue des droits de l’Homme (LDH), s’est insurgée contre le silence de l’Etat belge face aux demandes croissantes d’euthanasie introduites par des internés. Bien qu’elle ne remette pas en question le droit à l’euthanasie, l’ONG de lutte pour les droits de l’Homme considère toutefois que la demande d'euthanasie de Frank Van Den Bleeken est "le résultat direct des manquements de l'Etat Belge à son obligation de prise en charge des personnes souffrant de troubles mentaux". Elle va même plus loin en martelant qu’"en désinvestissant les infrastructures de soins pour internés, l'Etat belge semble ainsi promouvoir une forme de peine de mort déguisée".
La Belgique a déjà été condamnée à plusieurs reprises par la Cour européenne des droits de l’homme pour les conditions de détention déplorables de ses prisons. "En reportant sans cesse une réponse structurelle qui est de la plus haute urgence et en ne remédiant pas à ses propres carences, l’Etat belge manque chaque jour à ses obligations de base en matière de respect des droits fondamentaux", déplore la LDH.
Finalement pas d'euthanasie
Le cabinet de Koen Geens a finalement réagi en début d’après-midi. Il a fait savoir que la procédure d’euthanasie de Frank Van den Bleeken avait été interrompue par les médecins. Le ministre de la justice a affirmé que l’interné serait transféré au centre psychiatrique de Gand et qu’un éventuel transfert vers un centre spécialisé aux Pays-Bas suivrait peut-être plus tard.
Koen Geens a annoncé dans la foulée qu'il se chargerait de développer, au cours des six prochains mois, "un plan en vue de l'organisation d'une capacité concrète d'accueil en Belgique", en conformité avec les critères modernes de suivi de ce type d'internés, et qui répondrait ainsi aux critiques et aux condamnations nombreuses dont notre pays a fait l'objet en la matière, de la part de la Cour européenne des droits de l'homme.
A suivre...
S.T. (d’après Belga)

