Rapport sur les religieuses américaines : “le défi a été compris”


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Rapport sur les religieuses américaines : “le défi a été compris”
Par Jean-Jacques Durré
Publié le - Modifié le
6 min

Religieuses"Les défis ont été compris, mais il ne s’agit pas d’un document accusatoire ou de solutions simplistes": c’est ainsi que sœur Sharon Holland, présidente de la LCWR (Leadership conference of women religious) a commenté le rapport final de la visite apostolique aux instituts de vie consacrée des religieuses américaines, qui a été rendu public au Vatican.

Après plusieurs mois de tension entre le Saint-Siège et la LCWR, le document final, très attendu, offre un aperçu général de la situation des religieuses américaines et de leurs instituts de vie. Très général, il rappelle les éléments essentiels de la vie consacrée à la lumière des textes du Magistère de l’Eglise. Des rapports individuels, pour chaque congrégation ou institut, ont été par ailleurs envoyés aux personnes concernées pour les problèmes plus spécifiques.

Très engagée sur le plan social et auprès des pauvres, la LCWR a fait l’objet en 2012 d’une évaluation doctrinale très sévère de la part de la Congrégation pour la doctrine de la Foi. Elle a été mise sous tutelle et a reçu un mandat de réforme. A la lecture du rapport final, les conclusions générales paraissent faire preuve de plus de mansuétude que les problèmes initiaux soulevés laissaient voir. La LCWR s’était vue reproché ses prises de position en matière de respect de la vie, de la sexualité et de l’accessibilité des femmes aux dicastères, des positions jugées incompatibles avec la doctrine de l’Eglise catholique. La visite apostolique a été confiée à sœur Mary Clare Millea qui a pu concevoir et mener cette mission entièrement. Elle a elle-même choisi une équipe restreinte de religieuses américaines pour l’assister dans sa tâche.

Au total, 341 instituts religieux de droit diocésain et pontifical ont été visités à travers tous les Etats-Unis entre 2009 et 2012. La visite apostolique a été divisée en quatre étapes. Les supérieures générales des instituts de religieuses ont tout d’abord été impliquées et ont été invitées à parler ou à écrire librement à la Visiteuse pour partager leurs espoirs et leurs problèmes. Ensuite, un questionnaire pour récolter des données a été envoyé à chaque congrégation. Lors de la troisième phase, des équipes ont visité sur place 90 instituts religieux considérés comme un échantillon représentatif. Enfin, sœur Millea a présenté son rapport à la Congrégation pour les Instituts de vie consacrée et les Sociétés de vie apostolique.

Un charisme vécu de manière créative

Concernant le charisme et l’identité des instituts religieux, la visite apostolique a remarqué que "la majorité des religieuses avaient un sens très fort de l’histoire de leur institut et de leur charisme, de leur fondatrice, et tiraient leur force de l’exemple courageux des premiers membres. Les sœurs placent aujourd’hui généreusement et de manière créative leur charisme au service des besoins de l’Eglise et du monde". La Congrégation, au vu de l’évolution des instituts, "loue ces moyens créatifs de partager les dons charismatiques accordés par l’Esprit Saint à l’Eglise et demande que la différence essentielle entre les religieuses ayant prononcé leurs vœux et les laïcs dévoués qui maintiennent une relation spéciale avec les instituts soit respectée et célébrée".

Au sujet de la promotion des vocations et de la formation religieuse, la Congrégation encourage les prêtres et les religieuses "à prier avec ferveur pour les vocations religieuses et à rechercher de nouveaux chemins pour présenter la signification de la vie religieuse à ceux qui discernent leur choix de vie, et pour les encourager dans leur voyage vers la vocation". La Congrégation demande en outre que les "instituts religieux évaluent leur programme de formation initial et actuel, s’assurant qu’ils proposent une solide préparation théologique, humaine, culturelle, spirituelle et pastorale qui fasse attention à l’intégration harmonieuse de tous ces différents aspects".

Des pratiques spirituelles à évaluer

La Congrégation demande, en matière de prière, "d’évaluer les pratiques actuelles de prière commune et liturgique" afin de renforcer la relation intime des sœurs avec le Christ. De la même manière, le dicastère appelle les instituts religieux à revoir "les pratiques spirituelles et le ministère afin de s’assurer qu’ils sont en harmonie avec l’enseignement catholique au sujet de Dieu, de la Création, de l’Incarnation et de la Rédemption".

Le dicastère dirigé par le cardinal Braz de Aviz pousse également les instituts "à réfléchir profondément sur leur expérience de la dimension communautaire de la vie consacrée et à rechercher avec courage à renforcer leurs communautés qui doivent devenir encore plus des signes convaincants de la communion avec le Christ".

Sur la question de l’autorité, le rapport final indique qu’il "est essentiel que celles qui dirigent et celles qui obéissent soient profondément convaincues que depuis qu’elles sont avant toute chose des sœurs, il n’y a pas de place pour l’autoritarisme ou la soumission aveugle".

Des ressources à gérer avec sagesse

L’aspect financier n’a pas été oublié. "Dans un système économique qui souvent, trop souvent, crée de l’inégalité et de l’exclusion, les personnes consacrées, suivant le Christ pauvre, sont appelées à témoigner que c’est seulement au travers de la fraternité, du partage, de la solidarité, et d’un usage sage des capitaux, que les nombreuses formes de misère et de pauvreté infligées, peuvent être rachetées".

C’est pourquoi "le dicastère encourage tous les instituts religieux dans leurs efforts à administrer avec sagesse leurs ressources afin de subvenir aux besoins de leurs membres et de porter en avant la mission d’évangélisation de l’Eglise". Il est également demandé aux religieuses de "suivre l’appel du Pape François à imiter le Christ qui s’est fait pauvre et qui est toujours resté proche des pauvres".

Restaurer un rapport de confiance

Autre thème important, la communion ecclésiale. La visite apostolique a été accueillie "avec appréhension et suspicion par certaines religieuses", reconnaît le rapport final. Cela a eu pour conséquence une absence de coopération pleine et entière de la part de certains instituts. Cela n’empêche pas le dicastère d’adopter une posture d’ouverture et de mansuétude à l’égard de ces religieuses: "Nous réaffirmons le désir de notre dicastère de renforcer l’esprit de communion ecclésiale au travers de nos contacts avec les conférences des supérieures majeures des religieuses et avec les supérieures et les membres des instituts individuels. Nous exprimons notre espoir que nous puissions accueillir tous ensemble cet instant présent comme une opportunité pour transformer l’incertitude et l’hésitation en une confiance de collaboration afin que le Seigneur puisse nous guider en avant dans la mission qu’il nous a confiée au nom du peuple que nous servons".

Le rapport rappelle ainsi la demande exprimée par le Pape François de "mettre à jour le document Mutuae Relationes concernant la collaboration entre les évêques et les religieuses, en accord avec la résolution de l’Eglise de renforcer la communion ecclésiale que nous désirons tous". Selon le cardinal Braz de Aviz, "cette visite apostolique a offert de nouvelles opportunités pour les religieuses de découvrir la présence de Dieu et l’action salvifique au travers d’une communication productive avec les autres religieuses, avec les pasteurs de l’Eglise et les fidèles laïcs". Pour Mgr José Rodriguez Carballo, le secrétaire de la Congrégation, la visite "cherchait à écouter la réalité vivante des religieuses, à comprendre leur riche héritage, leurs défis actuels et leurs espoirs futurs, dans le contexte de la communauté ecclésiale".

Radio Vatican

Catégorie : International

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