Anthropologue de formation, le Prince Emmanuel de Merode (photo), 43 ans, est le conservateur du Parc national des Virunga en Répulique Démocratique du Congo. Il était l’invité des Grandes Conférences Catholiques, le 3 décembre.
Situé dans l’est de la République du Congo, près du Rwanda et de l’Uganda, ce parc national est un des plus riches d’Afrique par sa flore et sa faune, notamment ses célèbres gorilles des montagnes. Consacré au "patrimoine mondial" par l’UNESCO comme lieu naturel de première importance pour l’héritage commun de l’humanité, le parc des Virunga figure également parmi les plus menacés: braconniers, fabricants de charbon de bois, groupes armés divers, recherches pétrolières mettent son existence en péril.
Le récent attentat qui, en avril 2014, faillit coûter la vie à Emmanuel de Merode confirme les risques qui pèsent en Afrique sur ceux qui, à son exemple, œuvrent pour la conservation et le développement de notre patrimoine naturel mondial. Le titre de la conférence qu’Emmanuel de Merode a donné à notre tribune était: "Comment sauver le patrimoine mondial en péril en Afrique: l’exemple du Parc des Virunga".
Né à Carthage le 5 mai 1970, l’anthropologue belge Emmanuel de Merode a grandi au Kenya. Nul doute qu’il ait lu dans sa jeunesse "Le lion" de Kessel. Fils du prince de Merode Westerloo et de la princesse Hedwige de Ligne, cet aventurier de l’Afrique, formé à l’University College de Londres, est un enfant du monde, selon toutes les acceptions du terme. Aussi décontracté dans les salons des Grandes Conférences Catholiques, à Bruxelles mercredi soir, en présence du prince Lorenz et devant un joli parterre d’éminences, que dans la solitude et le dénuement du parc des Virunga, qu’il dirige à l’est de la République démocratique du Congo, au nord Kivu, au pied du vigilant volcan Nyiragongo qui souffle et exhale de loin en loin les colères et les révoltes telluriques d’un continent qu’il connaît comme le fond de sa poche.
De ce sang bleu qui le protège de toutes les avanies de la vie, comme cette tentative d’assassinat qui le blessa grièvement le 15 avril dernier sur la route entre Goma et Rumangabo, le jeune Prince est décidément difficile à résumer en deux mots, bien que s’y prît fort bien à cet effet le ministre d’Etat François-Xavier de Donnea, dressant à l’occasion d’une conférence vivement ovationnée le catalogue de ses innombrables métiers. Nécessité faisant loi, le "concierge en chef" de l’un, assurément, des plus beaux parcs d’Afrique, joyau incontesté du patrimoine mondial répertorié par l’Unesco, est à la fois scientifique, diplomate, fonctionnaire, entrepreneur et chef au besoin d’une troupe paramilitaire - les gardes du Parc - contraint de préserver "ses" terres contre les agressions, les massacres et les guerres civiles.
Assigné à la conservation de cet extraordinaire et magnifique réservoir biologique du cœur même de l’Afrique, berceau de l’Humanité, Emmanuel de Merode contemple avec optimisme les immenses enjeux qui pèsent désormais sur son royaume d’adoption, veillant jour et nuit sur le destin des hommes, des gorilles et des éléphants qui s’y ingénient à survivre par tous les temps.
Eric de Bellefroid
© Texte et photo: Grandes Conférences Catholiques

