Un jus d’orange au goût amer


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Un jus d’orange au goût amer
Par Anne-Françoise de Beaudrap
Publié le - Modifié le
2 min

Le matin, au petit déjeuner, nous sommes nombreux à consommer un verre de jus d’orange, parfois des fruits tout juste pressés et riches en vitamines. Un geste bon pour notre santé… Mais sur le plan stratégique, l’achat par les consommateurs européens de nombreuses oranges à bas prix favorise l’enrichissement de trois multinationales, et pas celui des petits producteurs.

L’O.N.G. Oxfam – magasins du monde mène campagne sur ce thème: Ne laissons pas une poignée de multinationales décider des règles du jus ! Oxfam explique en détail comment cette concentration de pouvoir s’est faite entre Citrosuco, Cutrale, et Louis Dreyfus Commodities au Brésil. A eux seuls, ils détiennent 70% des moyens de production et imposent leurs règles aux autres producteurs. Les grosses exploitations, plus denses, mieux administrées peuvent recourir facilement à toute une série d’intrants (pesticides, fongicides, insecticides et fertilisants). Ces mêmes multinationales ont tout intérêt à ce que le prix soit le plus bas possible. Cette réalité a déjà poussé plus de 20.000 petits producteurs à céder leurs terres en raison du prix trop bas offert pour leurs oranges. Ces terres sont souvent revendues à l’une de ces trois multinationales qui en profitent pour étendre encore un peu plus leur emprise.

dossier-cartel-orangeCeux qui autrefois produisaient des oranges de manière indépendante sont alors contraints à travailler pour les grands groupes. Ils sont payés au kilo, ils récoltent environ 2 tonnes par jour ce qui leur permet d’atteindre le salaire minimum légal, qui est de 9 euros par jour, soit 260 euros par mois. Un salaire qui ne couvre même pas les besoins de base, car pour vivre des revenus du travail, il faut au moins 14 euros par jour! Oxfam rapporte également des témoignages de salariés sur leurs conditions quotidiennes de travail: "Une semaine de travail, c’est théoriquement 44h, mais dans la réalité, la pression est telle que les travailleurs ne prennent même pas le temps de manger". "J’ai vu des collègues venir à l’usine avec de la fièvre, parce qu’ils ont tellement peur de perdre leur travail pour cause de maladie."

Ce marché inégal rejaillit sur l’Europe: nos magasins traitent avec les groupes multinationaux pour simplifier les négociations et avoir les prix les plus bas. Entre la somme versée à chaque travailleur au Brésil, et le prix payé par orange achetée, les multinationales et les circuits de distribution se font une marge confortable. Pour sensibiliser les consommateurs belges, les magasins Oxfam centrent leurs prochains "petits déjeuners" à cette question. L’ONG organise en octobre des rendez-vous conviviaux autour des produits équitables (pâte à tartiner, jus d’orange, café…). La liste des petits rendez-vous Oxfam sur leur site

A.-F. de Beaudrap

Catégorie : Belgique

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