Le défi cruel de l’Etat islamique au monde


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Le défi cruel de l’Etat islamique au monde
Par Jean-Jacques Durré
Publié le - Modifié le
6 min

morts en irakOù s’arrêteront les djihadistes de l’Etat islamique dans l’escalade de la cruauté? Et qui pourra mettre fin à leurs exactions et, si possible, traduire les bourreaux en justice? Après la décapitation du journaliste James Foley, une petite fille et une jeune chrétienne ont été enlevées à la sortie de Qaraqosh.

S’il les réactions de la communauté internationale à l’égard de l’Etat islamique sont restées, jusqu’ici, plutôt mitigées, l’assassinat horrible du journaliste américain James Foley a fait prendre conscience au monde que ces djihadistes le défie. Rien ne semble pouvoir les arrêter à la fois dans leur avancée et dans leur cruauté à l’égard de ceux qui ne partagent pas leur vision. Un nouveau pas a été franchi, à la veille du week-end, à Qaraqosh, une ville chrétienne de la plaine de Ninive, au Nord de l’Irak. Alors qu’une partie de la cinquantaine de chrétiens encore sur place avait décidé de rejoindre Kalak, sur la ligne de front, pour ensuite gagner les camps de réfugiés d’Erbil, des combattants de l’Etat islamique ont arrêté leurs voitures et emmené avec eux une petite fille de 3 ans, Cristina Hezr Azzo ». Les faits sont rapportés par le président de Fraternité en Irak, qui a vu arriver à Kalak la jeune mère de l’enfant, « choquée » et désorientée. « Ils ont aussi enlevé Rita Habib Ayoub, une jeune femme mariée de 30 ans, qui tentait de fuir avec son père aveugle. Celui-ci a cru qu’on la mettait dans une autre voiture. L’Etat islamique commence à employer à l’égard des chrétiens les mêmes méthodes que celles qu’ils réservaient jusque-là aux yézidis », ajoute-t-il.

Une lutte à l'échelle mondiale

Le groupe a réussi à rejoindre Erbil où la situation reste très difficile pour les réfugiés. De leur côté, les responsables des Eglises locales tentent de trouver le moyen d’entrer en contact avec les ravisseurs. Leur inquiétude est grande. Jusqu’à présent, plusieurs femmes de la communauté yézidie ont été enlevées et – semble-t-il – violées ou vendues comme esclaves à Mossoul.

Depuis l’assassinat du journaliste américain James Foley, la volonté internationale de contrer l’extrémisme djihadiste semble heureusement se renforcer. Cette fois, il ne s’agit plus d’agir uniquement en Irak, mais aussi en Syrie, berceau des djihadistes de l’Etat islamique, qui ont profité de la guerre civile pour s’y implanter et se développer avec les conséquences que l’on sait. Plusieurs chefs d’Etats sont maintenant convaincus que la lutte contre l’Etat islamique (EI) doit s’organiser à l’échelle mondiale.

Car l’Etat islamique n’est pas un groupe terroriste comme les autres. Il dispose d’une armée de 12.000 hommes en Irak et possède du matériel sophistiqué récupéré notamment sur les troupes irakiennes. Certains spécialistes estiment qu’il dispose aussi d’un « trésor de guerre » de près d’un milliard de dollars! Ses militants sont beaucoup plus radicaux et fanatiques qu’Al-Qaida, et bénéficient de plus de moyens que n’en avait cette organisation. De plus, ils ont une base territoriale, puisqu’ils contrôlent également une grande partie de la Syrie. Une implantation importante, qui lui permet en partie de s’autofinancer, notamment en prélevant des impôts.

La quadrature du cercle

Le risque de voir le conflit s’étendre à d’autres pays de la région est réel. Le 2 août, des djihadistes venus de Syrie ont attaqué l’armée libanaise à Aarsal, une localité du Nord-Est du pays. Les affrontements ont duré cinq jours et causé des dizaines de victimes parmi les civils et les militaires libanais, ainsi que parmi les djihadistes. Les experts craignent donc que de nombreux groupes djihadistes, inspirés par l’EI, ne décident de renforcer leurs actions.

Dès lors, face à la menace, les frappes aériennes américaines semblent insuffisantes pour arriver à stopper l’avancée de l’EI. Aux Etats-Unis, certains experts demandent une action militaire plus poussée et on commence à envisager une action avec des troupes au sol. Toutefois, la peur de se retrouver dans le bourbier irakien reste vive, alors que les troupes de l’Oncle Sam se sont retirées. Pour d’autres, les réactions doivent venir de la Syrie et de l’Irak. Le régime syrien, par la voix de son ministre des Affaires étrangères, s’affirme d’ailleurs prêt à collaborer avec l’Occident dans la lutte contre les djihadistes. Mais, comment soutenir Bachar al-Assad, sous peine de se voir accusé de soutenir un régime dictatorial et brutal? La quadrature du cercle, en quelque sorte.

Les rebelles de l’Etat islamique se sont emparés ce dimanche du dernier bastion du régime de Bachar Al-Assad dans la province de Rakka, l'aéroport militaire de Tabqa, au terme de combats qui ont fait plus de 500 morts, dont 170 soldats syriens. « Rakka va être la première province syrienne où les forces du régime et les combattants rebelles sont absents », a souligné le président de l'Observatoire syrien des droits de l’Homme.

Sur place, la situation est donc plus que confuse et l’on craint l’arrivée des djihadistes, notamment à Alep. Mgr Antoine Audo, archevêque chaldéen d’Alep et président de Caritas espère toujours une solution de réconciliation avec l’aide des Nations Unies. « La situation à Alep est plutôt difficile, avec des problèmes d’électricité, d’eau; il n’y a aucune sécurité, on ne sait pas quand les bombes vont tomber. Et, malgré tout, comme chrétiens, nous cherchons à rester actifs, présents. Par exemple, cette semaine, avec ceux qui travaillent chez Caritas, nous organisons des journées de réflexion. On essaie de survivre, d’être actifs. On ne peut pas faire autrement », a-t-il déclaré.

De son côté, le nonce apostolique en Syrie a dénoncé l’oubli du conflit syrien par la communauté internationale et par les médias. Interrogé par Radio Vatican, Mgr Mario Zenari a estimé que « la Syrie a disparu des écrans radar de la communauté internationale », en rappelant que ce conflit fait 180 morts par jour en moyenne, avec un niveau de violence qui s’amplifie de mois en mois. Selon le nonce, « ce conflit qui perdure forme un terreau favorable au développement de l'extrémisme. Il y a eu ces derniers mois une évolution négative que personne n'aurait imaginé, à voir ce qui se fait avec l'utopie de cet Etat islamique, avec ces atrocités. L'avenir reste incertain, même si nous devons croire que Dieu n'oublie pas ces personnes. »

Toute la population souffre

Mgr Zenari a rappelé que toute la population syrienne souffre de la progression de l’Etat islamique, les chrétiens mais aussi les musulmans, la plupart du temps partisans d’un islam modéré et victimes eux aussi de l’extrémisme des djihadistes. « Et beaucoup en Europe suivent cette idée de créer une société utopique, parce que la tentative de faire progresser des Etats plus démocratiques, avec plus de liberté, a échoué.»

Dans ce contexte de chaos, le dialogue interreligieux s'avère encore plus utile et urgent qu'auparavant. Mgr Mario Zenari appelle « les responsables des trois religions monothéistes à redoubler d’effort pour encourager la paix et à prier pour la paix. ».

J.J.D.

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