Une dirigeante d'ONG du Kivu semblait être restée sur sa faim après la présentation de la traduction en français de L’art de la paix: la communauté de Sant’Egidio sur la scène internationale. "Tout cela manque un peu de concret", soupirait-elle. S’il est vrai que, mi-juillet au Palais d'Egmont, la conférence internationale badinait un peu dans les belles phrases, l’ouvrage collectif qu’on y présentait ne manque nullement de concret.
L’art de la paix (rédigé en italien sous la direction de Roberto Morozzo della Rocca et traduit entretemps en allemand, anglais et français) relate les activités pacificatrices de la communauté de Sant’Egidio du Mozambique à l’Algérie, du Guatemala au Burundi, en passant par l’Albanie, le Kosovo, le Liberia, la Côte-d’Ivoire, jusqu’à l’implication de la communauté dans la lutte contre le sida en Afrique et pour l’abolition de la peine de mort dans le monde.
"Nous n’avions jamais entendu parler du Mozambique qu’en termes de guerre." Frédéric Van Leeuw de Sant’Egidio Bruxelles raconte avec enthousiasme comment il a vécu le début des années nonante. "Tout à coup la communauté internationale qu’on essayait d’animer dans la capitale de l’Europe, annonçait qu’elle avait pu négocier un accord de paix entre le gouvernement du Frelimo et les guérilleros de Renamo qui s’affrontaient depuis plus de quinze ans."
Pas de préfabrication
Tout comme les autres "cas" analysés dans cet ouvrage, l’histoire des pourparlers secrets des parties belligérantes à la communauté de Sant’Egidio à Travestere, sur la rive gauche du Tibre à Rome, "était bien plus complexe que tout schéma préfabriqué" d’après le chapitre sur le Mozambique rédigé par Leone Gianturco. En effet, "on ne peut pas déduire de méthode de Sant’Egidio ni de modèle de réconciliation" des cas examinés, avoue dans son introduction le fondateur de la communauté, le Professeur Andrea Riccardi. "La communauté a développé des techniques différentes mais en même temps complémentaires de celles des faiseurs de paix professionnels", disait le Secrétaire général des Nations Unies de l’époque, M. Boutros Boutros-Ghali, dans son message pour la Septième Rencontre Internationale pour la Paix de Sant’Egidio à Milan en 1993.
Il n’y a pas qu’au Mozambique où Sant’Egidio est impliquée. Depuis la fin des années nonante, elle a participé à une plateforme pour la paix en Algérie, aux pourparlers du gouvernement guatémaltèque avec la comandancia (coordination centrale des différents groupes de guérilla au pays), aux négociations sur la pacification du Burundi, au "Pacte pour l’avenir de l’Albanie" et a travaillé à l’accord entre Slobodan Milosević et Ibrahim Rugova au Kosovo. Depuis le début du nouveau millénaire, elle a œuvré pour la paix au Liberia et en Côte-d’Ivoire; un processus dans lequel la présidente de Sant’Egidio Benelux, Hilde Kieboom, s’est investie personnellement. La communauté a également lancé plusieurs actions "mineures" dans lesquelles se profilait, d’après le Professeur Riccardi, un "mélange entre actions humanitaires, solidarité avec les plus pauvres, interventions à caractère diplomatique et attention portée à des personnes ou des groupes victimes de la guerre et de la violence".
Prière interreligieuse pour la paix
Il était dès lors logique d’ajouter aux "cas géographiques" relatés dans cet ouvrage deux chapitres sur la "diplomatie sanitaire" contre le sida que la communauté internationale laïque Sant’Egidio a développée dans dix pays de l’Afrique subsaharienne - le programme Dream: "Drug Resource Enhancement against Aids and Malnutrition" - et sur la "diplomatie humanitaire" de la communauté dans sa lutte contre la peine de mort.
Pourquoi ne pas conclure ce livre avec un chapitre sur l’organisation de la prière interreligieuse pour la paix "dans l’esprit d’Assise", qui se tiendra à Anvers cette année-ci? En effet, cette rencontre annuelle de leaders religieux autour de leur espoir commun et prière commune pour la paix est un autre élément crucial de "l’art de la paix" que les septante mille membres de la communauté essaient de répandre dans le monde entier.
Benoit Lannoo
"L’art de la paix : la communauté de Sant’Egidio sur la scène internationale" (sous la direction de Roberto Morozzo della Rocca, traduit de l’italien par Chrystèle Francillon), Paris, Salvator, 2012, 360 pages, 23,50 euros. Toute information supplémentaire sur le rencontre internationale « La paix est l’avenir » du 7 au 9 septembre à Anvers via https://santegidio.be/pif/ .

