Corée : un voyage papal réussi !


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Corée : un voyage papal réussi !
Par Jean-Jacques Durré
Publié le - Modifié le
9 min

Corée et papeMots et moments forts, mais aussi mises en garde, ont balisé le voyage du pape en Corée. Avec un objectif: stimuler la jeunesse pour qu’elle reste attentive au message du Christ. Bref, un voyage réussi durant lequel François a conquis le coeur des Coréens.

Le pape François a repris le chemin de la Ville éternelle après cinq jours passés en Corée du sud. L’heure est donc au bilan de ce voyage. Il ne faisait aucun doute que le pape François aller profiter de ce déplacement en Asie pour marteler des messages qui lui tiennent à cœur. En Corée, l’Eglise fait preuve d’un dynamisme réel: on compte plus de 100.000 baptêmes par an. Avec 5 millions de fidèles, les catholiques représentent aujourd’hui un peu plus de 10% de la population.

Le Saint-Père a salué ce dynamisme, mais il a aussi mis en garde tant l’épiscopat et le clergé, que les fidèles. Pour lui, l’Eglise coréenne ne doit pas perdre de vue la dimension spirituelle de sa mission, ni s’endormir sur ses lauriers et se fonder uniquement sur le souvenir de ses martyrs. "Regarder vers le passé sans écouter l’appel de Dieu à la conversion dans le présent ne nous aidera pas à poursuivre le chemin; au contraire, cela nous freinera et même arrêtera notre progrès spirituel", a dit le pape.

Manifester l'identité chrétienne

Par ailleurs, aux quelques 70 évêques asiatiques qu’il a rencontrés au sanctuaire de Haemi, le pape a souligné le besoin d’avoir une Eglise "créative dans son témoignage rendu à l’Evangile, grâce au dialogue et à l’ouverture envers tous". Comme à chaque fois qu’il en a l’occasion, le souverain pontife revient sur ce que doit être à ses yeux, l’identité chrétienne, demandant à chaque croyant d’être conscient de celle-ci. Cette identité, "c’est la foi vivante dans le Christ", a rappelé le pape qui a ensuite demandé aux évêques si cette identité se manifestait "clairement" dans leurs "programmes de catéchèse et de pastorale des jeunes", dans leur "service des pauvres et de ceux qui languissent aux marges de nos sociétés riches" et dans leurs "efforts pour promouvoir les vocations au sacerdoce et à la vie religieuse".

Mais affirmer cette identité n’est pas chose facile. Plusieurs obstacles se dressent sur cette route, car "nous serons toujours tentés par l’esprit du monde". Parmi ces obstacles figure "la méprise trompeuse du relativisme qui obscurcit la splendeur de la vérité". Et le pape a précisé qu’il parlait du "relativisme pratique, quotidien, qui, de manière presqu’imperceptible, affaiblit toute identité". Et d’aborder un thème récurrent de ses discours: la lutte contre le matérialisme de notre société, la superficialité et ce qu’il appelle "le désert spirituel". Ici aussi, le pape a mis en garde les responsables ecclésiaux contre "la tendance à jouer avec les choses à la mode, les gadgets et les distractions, plutôt que de se consacrer aux choses qui comptent réellement." "Cette superficialité peut aussi se manifester dans le fait d’être fasciné par les programmes pastoraux et par les théories, au détriment de la rencontre directe et fructueuse avec nos fidèles, spécialement les jeunes, qui ont plutôt besoin d’une solide catéchèse et d’une orientation spirituelle sûre."

Appel aux jeunes pour qu'ils soient missionnaires!

Autre sujet cher au cœur du pape: la jeunesse. Visiblement, François a conquis leur cœur comme en a témoigné la rencontre qu’il a eue avec 6.000 jeunes Asiatiques de 24 pays, au sanctuaire de Solmoe, au centre de la Corée du Sud. S’excusant de son "mauvais anglais", tout déçu de devoir poursuivre en italien avec un traducteur coréen, au lieu de leur parler "avec le cœur, spontanément", le pape a improvisé un long dialogue avec ces jeunes Asiatiques, qu’il a conquis par ses traits d’humour, son ton très personnel, sa chaleur et sa simplicité. Dans une ambiance enflammée, il a su établir avec eux une relation d’une étonnante proximité. Lors de la messe de clôture des VIe Journées asiatiques de la Jeunesse, il les a appelés à devenir missionnaires dans le "désert spirituel" qui semble s’étendre à travers notre monde. "Près de nous, tant de jeunes de votre âge, même s’ils vivent dans un monde d’une grande prospérité matérielle, souffrent de pauvreté spirituelle, de solitude et de désespoir silencieux. Dieu semble absent du tableau", a-t-il regretté, énumérant "les germes d’égoïsme, d’hostilité et d’injustice, non seulement autour de nous, mais encore dans nos cœurs". Un discours qu’il a déjà martelé devant d’autres jeunes, en Italie et aux JMJ de Rio. Pour le pape, il importe de les prévenir des dangers qui les guettent, dans une société qui a connu un "boom" économique indéniable. Car, la Corée du sud, est devenue l’un des leaders mondiaux de l’industrie de la téléphonie, mais aussi de l’automobile, de l’industrie navale, du secteur pharmaceutique, etc. A parité de pouvoir d'achat, le produit intérieur brut (PIB) sud-coréen est l'un des 12 plus élevés dans le monde, ce qui place le pays au 49e rang mondial du PIB par habitant.

L'Evangile radical pour contrer l'économie perverse

Durant ces cinq jours, François n’a d’ailleurs eu de cesse de mettre le doigt sur les effets pervers d’un modèle économique fondé sur le profit et l’hyper-compétitivité, proposant l’alternative d’un Evangile radical. En Corée du sud, le pape a appelé à combattre "le matérialisme", "l’esprit de compétition effrénée", "les modèles économiques inhumains qui créent de nouvelles formes de pauvreté", "la culture de mort". Le progrès n’est "pas seulement économique mais humain", avait-il rappelé dès son arrivée, encourageant les autorités sud-coréennes à "développer une globalisation de la solidarité". Ce n’est pas la première fois que le successeur de Pierre dénonce ces dérives.

François a donc invité la jeunesse asiatique "à se réveiller". Dans son homélie prononcée lors de la messe de clôture des Journées asiatiques de la Jeunesse, dimanche 17 août, il a lancé: "Vous êtes le présent de l’Eglise. Comme jeunes non seulement en Asie, mais aussi comme fils et filles de ce grand continent, vous avez le droit et le devoir de prendre part à la vie de vos sociétés. N’ayez pas peur d’apporter la sagesse de la foi dans chaque domaine de la vie sociale!"

Prier pour la réconciliation

Au menu du voyage, ont figuré aussi des rencontres avec les chefs religieux du pays du Matin calme et avec les proches des victimes du naufrage de ferry Sewol – qui a causé la mort de 300 personnes, surtout des lycéens - sans oublier bien sûr celle avec les dirigeants coréens et l’épiscopat. Par ailleurs, fut abordé aussi la douloureuse question de la séparation de la péninsule coréenne. Peu avant de prendre congé, lors de la messe de dimanche, le pape François a conclu son troisième voyage apostolique sur l’espoir d’une réconciliation entre le Nord et le Sud. "Ayez confiance dans la puissance de la croix du Christ!" C’est le message qu’il a voulu laisser aux Coréens. Dans la petite cathédrale de Myeong-dong, perchée sur une colline noyée au milieu des gratte-ciels modernes de la mégapole de Séoul, le souverain pontife leur a demandé d’accueillir "la grâce réconciliatrice" dans leurs cœurs et de la partager avec les autres. Une invitation claire au dialogue entre Coréens, "frères et sœurs, membres d’une unique famille et d’un unique peuple". Le but de cette messe était très clair: implorer de Dieu "la grâce de la paix et de la réconciliation", ce qui a une "résonance particulière dans la péninsule coréenne" divisée depuis plus de soixante ans en deux pays antagonistes. Cette prière est d’autant plus forte "quand un peuple entier élève sa supplication pressante vers le ciel".

Mais le pape a précisé toutefois que la promesse de Dieu de "restaurer dans l’unité et dans la prospérité un peuple dispersé par le malheur et la division" est "inséparablement lié à un commandement", celui de "revenir vers Dieu et d’obéir de tout cœur à sa loi". Cette transformation du cœur peut "changer le cours de notre vie et de notre société comme individus et comme peuple".

François a alors appelé chacun à "réfléchir sur la façon" dont il témoigne comme individu et comme communauté, d’un engagement évangélique pour les défavorisés, pour les marginalisés, pour ceux qui n’ont pas de travail ou "sont exclus de la prospérité de beaucoup". Il en a profité pour fustiger une nouvelle fois la "mentalité fondée sur la suspicion, sur l’antagonisme et sur la compétition, et appelé à favoriser plutôt une culture façonnée par l’enseignement de l’Evangile et par les plus nobles valeurs traditionnelles du peuple coréen". Le pape a demandé aux Coréens de "rendre un témoignage convaincant au message réconciliateur du Christ", dans les maisons, les communautés et dans tous les domaines de la vie nationale. Ce témoignage doit être étendu "dans un esprit d’amitié et de coopération avec les autres chrétiens, avec les adeptes des autres religions et avec tous les hommes et toutes les femmes de bonne volonté qui ont à cœur l’avenir de la société coréenne". Et comme pour montrer l’exemple, le pape, lors de la bénédiction finale, a utilisé la croix byzantine que lui avait offerte avant la messe l’archevêque grec-orthodoxe de Séoul, le métropolite Ambrosios.

Béatification de 124 martyrs

François a prié "pour l’émergence de nouvelles opportunités de dialogue, de rencontre et de dépassement des différences, pour une continuelle générosité à fournir l’assistance humanitaire à tous ceux qui sont dans le besoin", allusion claire aux actions menées par l’Eglise sud-coréenne envers les populations du Nord à qui elle vient en aide au gré des circonstances politiques.

Avant de retourner à Rome, le pape a tenu à saluer les prêtres de Corée qui, "quotidiennement travaillent au service de l’Evangile et à l’édification du peuple dans la foi, l’espérance et la charité", contribuant ainsi "grandement à l’œuvre de réconciliation et de paix dans ce pays". Notez encore qu’au début de la messe, juste avant de rejoindre l’autel, le pape a salué chacune des sept "femmes de réconfort" qui, pendant la Seconde Guerre mondiale, furent réduites à l’état d’esclaves sexuelles au service de l’armée japonaise. Il les a écoutées attentivement, accomplissant un acte de reconnaissance envers ces femmes dont le sort fut ignoré jusqu’aux années 1990 et qui sont devenues depuis un enjeu politique interne et international, principalement entre la Corée du Sud et le Japon.

Ce voyage a été notamment marqué par la béatification de 124 martyrs coréens, premiers évangélisateurs du pays, samedi 16 août. Quelque 800.000 fidèles ont assisté à cette cérémonie sur la Place Gwanghwamun! Celle-ci est précisément le lieu où les premiers chrétiens de Corée, condamnés à mort par la cour pour avoir refusé d’apostasier, étaient conduits sous les moqueries de la foule jusqu’au lieu de leur supplice. De 1791 à 1866, quelque 10.000 furent torturés puis exécutés… En premier lieu, les nouveaux bienheureux, Paul Yun Ji-chung et ses 123 compagnons, dont les images, projetées sur des écrans géants à la fin du rite de béatification, ont été chaudement applaudies. "La victoire des martyrs, leur témoignage (…) continuent à porter des fruits encore aujourd’hui en Corée, dans l’Eglise qui grandit par leur sacrifice", a lancé le pape, contemplant la foule à perte de vue.

J.J.D.

© Photo: La Croix


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