Les islamistes de l’Etat islamique en Irak et au Levant (EIIL) ont chassé les chaldéens de Mossoul. L'avenir des chrétiens d'Irak et du Moyen-Orient est plus incertain que jamais. Et pourtant la communauté internationale semble rester indifférente à ce que le secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-Moon, a qualifié « de crime contre l’humanité ». Pourquoi cette indifférence coupable ?
Il ne faut pas se voiler la face : la communauté chrétienne d'Irak est purement et simplement menacée d'extinction. Après 1600 ans de présence ininterrompue, plus aucun chrétien ne vit à Mossoul. Leurs maisons ont été marquées de la lettre N – qui signifie nazara (pour Nazareth) en arabe qui désigne les chrétiens (« adeptes » du Nazaréen) -, et confisquées. Les chrétiens de Mossoul contraints à l'exode ont dû abandonner tous leurs biens, confisqués par les islamistes. S’il y a encore des chrétiens à Bagdad, , leur situation est devenue chaotique. Seule la partie kurde du pays offre aux chrétiens une sécurité relative. Pour le moment. Car la persécution n’est, hélas, pas finie : elle s’étend à d’autres territoires aux mains de l’EIIL.
Face à cette situation, le silence ou les faibles réactions de la communauté internationale surprennent. Seul le secrétaire général des Nations Unies, Ban Ki-Moon, a dénoncé la « persécution systématique » des minorités par l'Etat islamique (EIIL) et qualifié les actes commis par celui-ci de « crime contre l'humanité ». La France a, de son côté, dénoncé « les menaces intolérables » de l'EIIL à leur encontre. Des paroles... Mais on attend des actes concrets.
Car, c’est bel et bien toute présence chrétienne qui semble menacée au Moyen-Orient. Des chrétiens qui ont toujours vécu en harmonie avec les autres confessions et qui sont aujourd’hui la cible d’un radicalisme islamique qui n’a rien avoir avec l’Islam. Certes, on compte plus d’un million de chrétiens en Egypte, mais ce sont des travailleurs venus d’Asie et non des chrétiens d’Orient. Il y a donc bel et bien un danger de voir disparaître, à terme, toute présence chrétienne. Et ce qui est vrai pour les êtres humains, l’est tout aussi pour les églises, monastères, cathédrales… La volonté d’éradiquer toute trace de cette présence ancestrale est réelle.
Le 22 juillet, le Patriarche catholique chaldéen de Bagdad, Mgr Louis Raphael Ier Sako, a adressé une message urgent "à tous ceux qui ont une conscience vivante en Irak et dans le monde entier", dans lequel il demande aux Irakiens de reconsidérer et de réfléchir à la stratégie qu’ils ont adoptée: "nous leur demandons de respecter les personnes innocentes et sans armes de toutes les nationalités, religions et confessions".
Se réveiller face à l'intolérable !
Alors, la question qui se pose est : pourquoi cette indifférence ? Certes, on peut dire que le conflit entre Israël et le Hamas a occulté le drame des chrétiens d’Irak. Mais cette vision est fausse. On doit admettre que lorsqu'on parle de persécutions antichrétiennes, les réactions sont quasi-inexistantes, en dehors de l’Eglise et des associations qui y sont liées ! Barack Obama a-t-il pris la défense des chrétiens irakiens ? Le gouvernement belge a-t-il haussé le ton ? L’Union européenne s’en préoccupe-t-elle ? Silence sur toute la ligne… Faut-il en déduire que le sort des chrétiens dans le monde n'intéresse personne ? A moins que ce soit le fait que les chrétiens ne font pas le poids face à des intérêts supérieurs, énergétiques ou financiers ?
Il faut donc se réveiller. Que l’on soit chrétien ou non, croyant ou non ! Il est intolérable que des gens soient chassés de chez eux, spoliés, au nom d’une religion ou d’une quelconque philosophie, voire d’une appartenance ethnique. Le silence et l’indifférence coupable permettent toutes les exactions. On l’a vu en 1936 en Allemagne. Ne permettons pas que se déroule sous nos yeux, via le petit écran, une extermination d’innocents. On se mobilise pour la Palestine, tant mieux et c’est normal. Le massacre d’innocents est insoutenable et inacceptable. Mais mobilisons-nous aussi pour les chrétiens du Moyen-Orient : même si on n'est pas chrétien, on ne peut pas rester insensible à leur sort.
Il faut donc en parler mais aussi interpeller les pouvoirs publics belge et européen pour qu’ils s’expriment de manière ferme. Il faut montrer notre indignation face à ce drame. Et il ne s’agit pas que du sort des chrétiens, il s’agit de la liberté donnée à chaque être humain de pratiquer sa religion. Car, on l’oublie, mais à Mossoul les maisons des chiites aussi ont été marquées par les islamistes par la lettre « R » qui signifie « Rwafidh » (protestants ou mécréants).
Resterons-nous indifférents à l’intolérable ?
Jean-Jacques Durré
© Photo : Aide à l’Eglise en détresse (AED)

