Le « paradis » grâce aux Diables ?


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Le « paradis » grâce aux Diables ?
Par Pierre Granier
Journaliste de CathoBel
Publié le - Modifié le
6 min

Un pays en communion avec une équipe, une ferveur partagée: ce soir les Belges seront reliés entre eux grâce aux Diables Rouges. Heureusement, ce n'est pas péché pour un chrétien que de succomber à ce genre de diables!

Avec l'entrée en lice des Belges ce mardi soir, c'est un peu comme si la Coupe du Monde commençait une deuxième fois dans notre pays. Les drapeaux noir-jaune-rouge ont fleuri aux balcons et aux fenêtres et les couleurs nationales se déclinent sur de multiples supports, bariolant ici les voitures, décorant les vitrines de magasins, maquillant les visages des supporters… Les écrans géants se multiplient un peu partout sur les places des villes, mais aussi dans les cafés. Bref, c'est peu dire que l'engouement pour les Diables Rouges dans cette coupe du monde brésilienne est visible et que la fébrilité sera quasi palpable chez bon nombre de nos concitoyens au coup d'envoi du match Belgique-Algérie. Le temps d'une coupe du monde fait resurgir la ferveur populaire pour le football et même les plus attachés à notre Seigneur n'y résiste pas, notamment du côté de Ciney, où l'abbé Philippe Renard est à ranger parmi les premiers supporters, comme en témoigne cette vidéo. Son clip "Fonce Belgique" a été vu plus de 26.000 fois sur YouTube.

"J’ai été un peu pris de court. Je ne m’attendais pas à ça", a confié le curé cinacien. Curé de Ciney et de Brébant depuis 1987, ce prêtre a étudié au séminaire de Namur. Il a eu l’idée de cette vidéo il y a quinze jours, en célébrant un... mariage! "Dans l’homélie, j’employais la métaphore du football pour parler de l’esprit d’équipe, de l’engagement à fond; des valeurs qui sont inculquées par le sélectionneur de l’équipe nationale, Marc Wilmots".
Pour l'abbé Renard, le football doit être remis à sa place, dans la rue , car "c’est là qu’il est joué partout dans le monde, y compris dans les favelas à Rio". Et d'expliquer: "C’est une fête, au-delà des couleurs et des religions". Pour lui, l’équipe belge représente l’union nationale.

Une douce folie

Qu'on n'y adhère ou pas, impossible en tout cas d'échapper à cette douce folie qui est train de s'emparer du pays. Est-ce dû aux effets du merchandising et de la (sur)médiatisation? Aux espoirs énormes mis dans cette équipe dont toute la "planète foot" loue les qualités? A un besoin de faire la fête pour échapper aux réalités du quotidien? A l'envie de démontrer qu'un "petit" pays est capable d'en remontrer aux plus grands? A un désir d'unité nationale? Il y a sans doute un peu de tout cela.
D'un point de vue commercial, on n'a, semble-t-il, jamais autant tiré parti de cet événement sportif. Un nombre incalculable de produits sont déclinés à la sauce diable, y compris de la charcuterie ou des tomates-cerises… Et les ventes des fameuses pochettes d'autocollants Panini, à l'effigie des joueurs des 32 équipes, ont déjà battu leur précédent record, de 2006!

Supporters solidaires

Mais des ONG surfent aussi sur la vague brésilienne pour encourager à la solidarité. Le CNCD-11.11.11 organise ainsi une grande opération de récolte de fonds via SMS afin de subsidier des projets de développement au Brésil (voir ici les détails de cette opération réalisée avec l'artiste plasticien liégeois Alain De Clerck).
Du côté sportif, la Belgique s'est brillamment qualifiée pour cette coupe du monde, au point d'en être "tête de série", soit, sur le papier, l'une des 8 meilleures équipes du tournoi. Elle est sans doute le premier outsider de cette compétition. Bon nombre de ses joueurs évoluent dans les meilleurs clubs d'Europe. Certains en sont des éléments clés. Elle peut donc logiquement envisager une qualification pour les quarts de finale. Mais tout le monde attend qu'elle fasse aussi bien qu'en 1986, lorsque les Diables Rouges furent demi-finaliste au Mexique.
La raison de l'engouement est aussi à chercher dans le caractère exceptionnel de l'événement qui n'a lieu que tous les quatre ans et auquel la Belgique n'avait plus participé depuis 2002. Douze ans d'attente, voilà de quoi cristalliser espoir et ambition. Et si en plus cette équipe joue bien, gagne contre de plus "grands" pays, brille aux yeux du monde, la fierté n'en sera que plus grande pour ce pays qui érige en valeur la modestie et l'humilité au risque de souffrir d’un complexe d’infériorité.

Un pays de nouveau rassemblé

Enfin, si autant de Belges soutiennent ainsi l'équipe nationale, c'est peut-être aussi parce qu'ils croient toujours dans la devise "l'Union fait la force", malgré la victoire de la NVA lors des dernières élections. De ce point de vue, le sélectionneur Marc Wilmots, qui a déjà goûté à la politique en tant que sénateur, n'a pas hésité à présenter son équipe comme un ciment d'unité: "Il y a des politiciens qui veulent diviser le pays, nous grâce au sport, on essaie de le rassembler". Un état d'esprit partagé par le capitaine des Diables Rouges, Vincent Kompany, qui déclarait via son compte Twitter, au soir d'une victoire contre l'Ecosse: "La Belgique est à tout le monde, mais ce soir surtout à nous." Une réplique à peine voilée à Bart De Wever qui avait tenu un discours similaire après son accession au maïorat d’Anvers. L'équipe nationale dernier rempart de l'unité avec le roi? On le dit couramment et la présence de Philippe au Brésil pour le match Belgique-Russie semble appuyer cette idée...
Tout aussi charismatique que Wilmots, Vincent Kompany représente aussi la nouvelle dimension de l'équipe de Belgique, aussi talentueuse que diverse dans les origines des joueurs qui la composent. Une "Dream Team" qui fait un peu penser à l'équipe de France "black-blanc-beur", championne du monde en 1998, dans laquelle Eden Hazard pourrait endosser le costume de Zidane. Une équipe qui illustrerait les vertus de l'intégration. Mais gare à ne pas charger cette génération de joueurs de trop de poids symboliques !

Un enthousiasme qui doit durer

Aussi, quand Marc Wilmots déclare que "Le moment est venu de déposer les livres et d'écrire notre propre histoire", restons dans la dimension sportive. Quand Kompany dit avoir "de bonnes raisons de penser que nous pouvons réussir de bonnes choses", mettant en avant "la fierté, la passion et l'esprit d'équipe" qui animent ses partenaires, n'imaginons pas que c'est l'avenir de la Belgique qui se joue au Brésil. L'épopée mexicaine n'avait pas changé le pays. Elle avait donné simplement du bonheur le temps d'un été. Que onze joueurs puissent apporter de nouveau ces moments de liesse, c'est bien tout le mal qu'on peut souhaiter à la Belgique. Mais n'oublions pas la glorieuse incertitude du sport. Et surtout, que l'élan d'enthousiasme suscité aujourd'hui ne retombe pas dès lors que les résultats seront moins bons. Le vrai soutien se remarque dans l'adversité…

Pierre GRANIER

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