Pour les catholiques chinois, le mois de mai est l'occasion de vivre intensément leur foi, ensemble. De nombreuses manifestations se concentrent ainsi lors de cette période consacrée à la dévotion de la Vierge Marie. Sous la surveillance des autorités du pays.
Et cette année, on peut dire que cette visibilité du peuple catholique chinois a commencé dès le 1er mai, à l'occasion de l’ordination sacerdotale de deux diacres du Diocèse de Tian Jin qui aurait réuni plus de 14.000 fidèles sur le parvis de la cathédrale!
S'en sont suivies de nombreuses autres initiatives pour célébrer ce mois de Marie en communion avec l’Eglise universelle. L’agence Fides évoque notamment la célébration du 90e anniversaire de Notre-Dame de Lang Shan – l’un des 12 sanctuaires mariaux de Chine – à l'occasion duquel eut lieu la bénédiction solennelle du nouveau reliquaire de Sainte Thérèse de l’Enfant Jésus et de la Sainte Face, qui est aussi la patronne des Missions. A cette occasion, et comme tous les 9 mai, des milliers de fidèles se sont retrouvés afin de prier pour l’Evangélisation du monde et de la Chine.
Autres initiatives inspirées par la ferveur des catholiques chinois en ce mois de mai: le pèlerinage de séminaristes, religieuses et fidèles laïcs étudiant au Séminaire du Diocèse de Pékin dans des paroisses de la capitale chinoise. Et l'ajout d'une "deuxième" messe dominicale, dans l’après-midi, à l'attention des travailleurs immigrés, une des paroisses du diocèse de Xi An.
Un "Livre bleu" stigmatise les religions
Bref autant de manifestations religieuses qui sont placées sous haute surveillance par le pouvoir chinois. En effet, dans un "Livre bleu" publié le 6 mai dernier, "les infiltrations religieuses en provenance de l’étranger" sont considérées comme l'une des quatre menaces les plus sérieuses qui se posent au pays pour "sa sécurité nationale", au même titre que l’exportation par les nations occidentales des idéaux démocratiques, l’hégémonie culturelle occidentale et la dissémination de l’information via Internet.
"Des forces occidentales hostiles infiltrent les religions en Chine en utilisant des voies toujours plus variées et d’une manière toujours plus grande. Cela se fait en mettant en œuvre des moyens toujours plus subtils, que ce soit de manière ouverte ou secrète.
Ces forces sont de nature fortement séditieuse et agissent par nature en sous-main", peut-on lire dans ce rapport coédité par l’Académie des sciences sociales (le think tank le plus influent du gouvernement chinois), et l’Université des relations internationales, installée à Pékin (placée sous la supervision directe du ministère de la sécurité d’Etat).
"Des infiltrations religieuses en provenance de l’étranger ont pénétré dans tous les domaines de la société chinoise", y est-il encore écrit.
Si le thème de l’influence néfaste venue de l’étranger par le biais de la religion n'est pas une préoccupation nouvelle des dirigeants chinois, la publication de ce Livre bleu confirme le raidissement très net du pouvoir en place, alors que l’arrivée du président Xi Jinping en mars 2013 avait plutôt soulevé quelques espoirs du côté des cercles réformateurs chinois.
Attitude ambiguë avec les chrétiens
Dans le cas du christianisme, Ying Fuk-tsang, directeur du Centre d’études des religions et de la société chinoise à l’Université chinoise de Hong Kong, explique à l’agence UcaNews que l’attitude des dirigeants chinois est ambivalente. A court terme, ils reconnaissent que la foi chrétienne et ses œuvres peuvent contribuer au développement d’une "société harmonieuse"; mais, à long terme et sur le fond, ils s’en méfient et associent le christianisme à un outil occidental visant, par le biais d’ "évolutions pacifiques", à saper les bases du pouvoir du Parti communiste.
Une telle méfiance a sans doute conduit à la destruction récente de plusieurs lieux de culte chrétiens dans la région de Whenzou (au Zhejiang), et à l'interdiction des "conversions forcées" d’enfants au sein des orphelinats. Les autorités savent qu’un grand nombre d’orphelinats sont gérés, animés ou soutenus par des chrétiens qui, souvent, sont en lien avec l’étranger; or, et si elles apprécient les fonds et l’expertise ainsi apportés, elles craignent l’influence que ces chrétiens pourraient avoir sur la société.
P.G. (avec Fides et Eglises d’Asie)
