Dimanche prochain, nous irons voter pour élire les parlements régionaux, belge et européen. Mais comment poser son vote en tant que chrétiens? L’Eglise nous donne quelques points de repères… pour nous forger notre jugement.
On peut le dire, la campagne assez terne n’a pas vraiment permis de se forger un vrai jugement sur les partis en lice. Entre les exclusives ("Nous ne gouvernerons pas avec untel…") ou les dénigrements ("Tel parti créera un bain de sang!"), très peu d’arguments de fonds. Il appartient donc à l’électeur de faire, tout seul, son propre choix.
Mais l’Eglise vient nous aider à nous poser les bonnes questions.
Message de l’évêque de Liège
"Ce mois de mai est marqué aussi par les élections. L’enjeu est important, en particulier pour l’Europe. Le rôle de fondateur de l’Union européenne que notre pays a assumé est plus que jamais d’actualité, et le dialogue des cultures qui y est pratiqué est un modèle pour l’Europe et pour le monde. J’ai eu l’occasion de le préciser le 31 mars dernier lors de ma visite au gouvernement de la Communauté germanophone, où j’ai été accueilli chaleureusement. J’espère que ces valeurs seront respectées et répercutées lors de ces élections." (Eglise de Liège, mai-juin 2014)
Mgr Delville est à présent le seul évêque francophone à avoir publiquement évoqué les élections. Mais d’autres ont déjà évoqué le sujet dans des discussions.
Comment voter en chrétien?
L’Eglise et les penseurs chrétiens ont depuis longtemps réfléchi sur la manière dont les croyants engagés en politique pouvaient discerner quels choix poser. Sans rien imposer, l’Eglise donne des repères pour que les chrétiens puissent s’engager conformément au cœur du message de l’Evangile.
Sans oublier que toute chose sur terre nous vient de Dieu, le pouvoir revient à exercer une responsabilité pour celui qui le détient. Responsabilité (tant envers ses administrés qu’envers soi-même): rechercher le bien commun de la société n’est pas dissociable de la recherche personnelle du Bien.
On l’oublie parfois, mais le message chrétien n’est pas un programme politique. Il nous permet surtout de nous confronter à la réalité et d’agir selon notre raison. La réflexion raisonnée, seul critère que l’Eglise nous demande d’observer pour agir en tant que chrétien dans la société.
Saint Thomas d’Aquin, dans sa Somme théologique, tient un discours très anti-individualiste, où l’homme est partie du tout constitué par la société. L’homme s’engage dans cette société à l’image de sa foi qu’il engage pour le Royaume. Saint Thomas y développe notamment la vision chrétienne de la justice ou de la charité. Des vertus qui, pour le chrétien, sont plus que des points de programme, ce sont des valeurs a vivre soi-même et à promouvoir au sein de la société.
Pour répondre aux nouvelles questions de notre époque, le Vatican a alors décidé de compiler et synthétiser l’ensemble de ses enseignements en matière politique et sociale dans un ouvrage unique : le Compendium de la doctrine sociale de l’Eglise. Un document massif finalement sorti de presse en 2004.
Le Compendium ne propose aucune action concrète, il pose juste les jalons entre compromis et compromissions. Il ne s’agit donc pas d’un programme de gouvernement, mais d’une philosophie des valeurs appliquées à la vie publique. Politiciens de gauche comme de droite peuvent donc s’y retrouver; les non-croyants y verront l’expression de valeurs inscrite dans le cœur de l’Homme. La doctrine sociale dénonce surtout le relativisme comme l’un des risques majeurs pour la démocratie actuelle, car il induit qu’il n’existe pas de critère objectif et universel pour fonder et hiérarchiser les valeurs. Or une démocratie sans valeurs éthiques se transforme facilement en un totalitarisme, qu’il soit déclaré ou plus sournois.
Les repères éthiques de l’Eglise
Mais devant le besoin de suggestion concrètes, le cardinal Ratzinger avait publié dès 2002 une « Note doctrinale sur l’engagement des catholiques dans la vie politique ». Plus précise, cette note aborde frontalement certains enjeux tels que la protection de la vie, la famille, la laïcité, etc.
En 2006, le pape Benoît XVI, recevant des députés européens, avait encore précisé sa pensée en listant trois points qu’il estimait "non-négociables" dans la réflexion politique d’un chrétien. Ces trois points:
- la protection de la vie, de la conception à la mort naturelle
- la défense du mariage entre un homme et une femme
- le respect de la liberté pédagogique des parents
Si le dernier point n’est pas vraiment menacé en Belgique (encore que le décret Inscriptions empêche certains parents de choisir l’école de leurs enfants), on peut dire que les deux premiers se portent mal.
L’Eglise demande aux fidèles d’accomplir "leurs devoirs civils normaux, guidés par leur conscience chrétienne". Mais dans un pays qui n’hésite pas à autoriser l’euthanasie des enfants malades et va probablement bientôt créer un statut de « troisième parent », comment voter en conscience ?
Le pire serait de s’exclure soi-même du débat en cédant à la logique du dégoût. Pourtant, le concile Vatican II dit clairement que « les fidèles laïcs ne peuvent absolument pas renoncer à la participation à la politique » (au sens large).
Mais pourquoi l’Eglise édicte-t-elle ces règles? Pour nous empêcher de penser par nous-mêmes? Non, pour nous aider à y voir un peu plus clair. "Par son intervention dans ce domaine, le Magistère de l’Eglise n’entend pas exercer un pouvoir politique ni supprimer la liberté d’opinion des catholiques sur des questions contingentes. Il veut au contraire – conformément à sa mission – éduquer et éclairer la conscience des fidèles ».
MB


