Ukraine : jusqu’où ira Vladimir Poutine ?


Partager
Ukraine : jusqu’où ira Vladimir Poutine ?
Par Jean-Jacques Durré
Publié le - Modifié le
4 min

Après la Crimée, d’autres provinces russophones d’Ukraine semblent basculer vers la Russie. Une nouvelle illustration de l’Ukraine tiraillée entre l’est et l’ouest. Mais quel jeu joue donc la Russie?

poutine_vladimir

Pour rappel, la crise politique et militaire en Ukraine date depuis le refus du président pro-russe Viktor Ianoukovitch de signer un accord de coopération avec l’Union européenne. Suite à cet acte très symbolique, la population de l’ouest (parlant ukrainien et de confession catholique orientale) s’est révoltée, en particulier à Kiev.

A partir de fin février, des groupes armés (surgis d’on ne sait où) prirent possession des bâtiments administratifs de Crimée, coupant la région du reste de l’Ukraine. Le 16 mars, un plébiscite demanda le rattachement de cette région à la Russie, ce qui fut entériné quelques jours plus tard par un décret du Kremlin.

Or la population de ces deux régions, la Crimée et la rive orientale du Dniepr, ne se sent précisément pas ukrainienne… mais russe. Le fait que la langue véhiculaire y soit le russe (et non pas l’ukrainien) et que les gens y soient très majoritairement orthodoxes, pousse naturellement la population à avoir les yeux tournés vers Moscou. De plus, les frontières actuelles, basées sur les divisions administratives de l’ex-URSS, ne correspondent pas vraiment au ressenti de la population. Exemple: la Crimée a toujours fait partie de la Russie depuis le XVIIIe siècle, mais ne fut rattachée à l’Ukraine que sous Kroutchev (1954).

Idéologie d’une part, rationalité de l’autre

Le président russe Vladimir Poutine ne fait aucun mystère de vouloir défendre les minorités russes vivant hors de Russie. Il ne cache pas non plus sa volonté de vouloir rendre à la Russie sa puissance politique et militaire, perdue depuis la chute de l’URSS.

Depuis son arrivée au pouvoir en 2000, Vladimir Poutine a mis en œuvre une politique très étatiste en matière économique. Dans le même temps, il renforce le rôle de l’Eglise orthodoxe et fait la promotion active des valeurs traditionnelles de la société russe.

Pourquoi? En 2000, Poutine hérite d’une situation socio-économique désastreuse. A la corruption généralisée, s’ajoute l’influence d’oligarques qui ont bâti leur richesse colossale en profitant de la chute de l’URSS. L’ancien espion du KGB comprend donc qu’il faut laisser les grands discours au placard. Pour lui, la fin justifie les moyens. Par le biais de grandes entreprises publiques, la Russie est devenue un Etat rentier grâce aux revenus de l’énergie (en particulier le gaz de Sibérie). Par le soutien de la natalité, Poutine espère lutter contre la chute démographique qui risque de faire de nombreuses régions des déserts… en particulier les régions riches en ressources naturelles.

Point d’idéologie derrière ces politiques, mais une volonté ferme de récupérer tous les moyens politiques et financiers qui avaient été perdus sous Eltsine. Et cela sans états d’âme.

En face, l’Union européenne rêve d’une politique basée sur les droits de l’Homme et la promotion du libre-échange… Le contraste est rude. Tandis que l’UE menace la Russie de geler les comptes en banques de quelques riches proches du régime (qui passent la moitié de l’année sur les plages européennes et le reste dans la City de Londres), la Russie menace de couper ses livraisons de gaz… dont certains pays européens dépendent à 100%.

Il ne s’agit pas d’une disproportion de moyens, mais bien d’une différence de nature dans la politique étrangère menée par l’UE et la Russie.

Un jeu d’échec Russie-Europe

Les provocations en Ukraine, dont on peut difficilement trouver d’autres bénéficiaires que la Russie, procèdent ainsi de la tactique de Poutine: avancer pas à pas, en engrangeant les résultats tant qu’on ne lui oppose pas de réelle résistance. Et jusqu’ici, l’opposition des Européens n’a pas eu plus effet qu’une piqûre de moustique.

Et pourquoi en aurait-il été autrement? Au Conseil européen, les décisions en matière de politique extérieure doivent être prises à l’unanimité des 27 Etats membres. Or, si les pays d’Europe centrale et orientale se sentent très concernés par la montée en puissance de la Russie à leurs portes, les autres Etats jouent une prudence qui confine à l’attentisme. Il est donc impossible de faire plus que de beaux discours.

Tant que l’Union européenne ne parle pas d’une seule voix, elle aura l’air d’un petit poucet face à son puissant voisin russe. Mais elle ne parlera pas d’une seule voix tant qu’une identité européenne ne sera pas clairement ressentie par les peuples qui forment l’UE.

M.B.


Dans la même catégorie