Jambes : une main tendue aux plus démunis dénoncée par les riverains


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Jambes : une main tendue aux plus démunis dénoncée par les riverains
Par Pierre Granier
Journaliste de CathoBel
Publié le - Modifié le
3 min

Logement-SDF-NamurA Jambes, un projet social initié par l'asbl "Une main tendue" prévoit d'implanter des logements modulaires accessibles aux personnes les plus démunies. Mais un grand nombre de riverains demandent son abandon pur et simple. Solidarité, où es-tu?

Ce projet de "Passerelle Gérard Jacob" (du nom de l'ancien président de l'asbl "Une main tendue", disparu en 2011, qui en eut l'idée), vise à installer, au-dessus de garages, dix logements modulaires de 30 m² accessibles aux personnes en grande précarité, notamment les SDF. Equipées d'une salle de bain, d'une cuisine, d'une chambre, d'un salon et de mobilier, ces habitations offrent donc un certain niveau de confort contre un prix modique. Le but: permettre de resocialiser ces personnes. Chacun le sait, avoir un toit est la condition sine qua non pour sortir une personne de la précarité extrême. Ne serait-ce que parce que cela permet déjà d'obtenir une aide du CPAS.

Le projet, développé par le CPAS de Namur et l’asbl Une main tendue (qui s'occupe d'une grande partie des sans-abri de Namur), avec l’aide de l’agence immobilière sociale Gestion logement Namur, répond à une longue réflexion quant aux nouvelles solutions à apporter aux personnes les plus démunies. D'un budget d'environ 500.000 euros, il est soutenu par ministre wallon du logement Jean-Marc Nollet. "Notre souci est d’aider des personnes en grande difficulté, pas nécessairement à la rue, et les projets se multiplient en ce sens", se félicite le président du CPAS de Namur, Philippe Defeyt, sur le site alterechos.be.
L'asbl "Une main tendue" organisera l’occupation des locaux, selon le principe Housing First. A savoir que l'on met la priorité sur l'accès au logement pour ensuite pouvoir s'attaquer aux autres problématiques. Un accompagnement social est donc prévu auprès des bénéficiaires de tel logement.

Syndrôme "Nimby"

Malheureusement, ce souci de solidarité se heurte à la réaction des gens du quartier (la rue Paul Janson en l'occurrence) où ces modules doivent être implantés. Atteints de ce que l'on appelle le syndrôme Nimby (Not in my backyard, c'est-à-dire: "pas dans mon jardin" et donc, de manière implicite, "dans celui du voisin si vous voulez"), une centaine de riverains ont demandé purement et simplement "l’abandon de ce projet" qui ne manque pourtant pas d'intérêt. Selon le journal "L'Avenir", ces habitants craignent la rupture de l’équilibre social du quartier et la création d’un ghetto, mais aussi "la naissance d'un risque d’un sentiment d’insécurité ainsi que des nuisances visuelles, olfactives et sonores…", comme ils l'ont exprimé dans leur pétition envoyée aux conseillers communaux. Mais de quelles odeurs est-il question? Et depuis quand les SDF sont-ils des criminels? Une telle lettre ne manque pas de stigmatiser de manière outrageuse et diffamante une catégorie de gens qui a bien besoin que l'on s'occupe d'elle…

Mettant en doute la pertinence du projet, ces riverains pensent également que ce dernier risque de nuire à l’image de Namur… Mais on peut penser tout au contraire qu'il la met en valeur, en donnant l'image d'une ville qui se soucie d'aller vers les plus démunis pour les aider à se sortir de leurs problèmes.

Quant à la suggestion de la part des riverains de construction de logements "en dur" sur un terrain du CPAS, on peut certes la partager. Mais l'avantage de la solution proposée par cette passerelle est bien évidemment son moindre coût et sa rapidité de mise en œuvre. En outre, comme l'explique Philippe Defeyt, "une telle installation au-dessus d’espaces perdus tels des toits de garages est aussi une façon de pallier le gaspillage de ressources foncières."
Une fois de plus, cette histoire démontre combien il est toujours difficile de briser les clichés et d'aller vers l'autre lorsqu'on l'estime si différent de soi. Le sort des plus démunis, des exclus de la vie doit d'abord nous émouvoir pour nous faire agir avec le cœur et non nous conduire à les rejetter un peu plus.

Pierre GRANIER


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