L'annonce de la candidature à la présidentielle du maréchal Al-Sissi n'a surpris personne en Egypte. Depuis des mois, les médias préparent l'opinion publique à cet événement. Toutefois, le retour d'un militaire à la tête du pays est loin de faire l'unanimité.
Mercredi 26 mars, le maréchal Abdel Fattah Al-Sissi, l'artisan principal de l'éviction de l'islamiste Mohamed Morse, s'est adressé à la nation égyptienne pour mettre fin à un suspens qui n'en était plus un depuis longtemps. "En toute humilité", a-t-il dit, "je me présente à la présidentielle" qui aura lieu en juillet prochain. Et comme le prévoit la Constitution, il a abandonné, le lendemain, ses fonctions au sein de l'armée et du gouvernement pour être éligible. Ce retrait, a-t-il promis, ne l'empêchera toutefois pas de "continuer à combattre tous les jours pour une Egypte débarrassée du terrorisme".
Dans un pays régulièrement secoué par des crises et déserté par les touristes depuis la révolte populaire de 2011 qui chassa du pouvoir Hosni Moubarak, ces propos rassurent une partie importante de la population, qui aspire à davantage de stabilité dans le pays. Le maréchal Al-Sissi, 59 ans, est d'ailleurs donné largement favori du scrutin présidentiel – son unique adversaire étant pour le moment le leader de gauche Hamdeen Sabbahi.
Une guerre juridique contre les Frères musulmans
Sa politique n'est toutefois pas du goût de tous. Depuis que l'armée a installé un nouveau gouvernement intérimaire, policiers et soldats répriment implacablement toute manifestation de l'opposition. Cette violente campagne a fait, selon Amnesty International, au moins 1.400 morts. En outre, des groupes jihadistes multiplient depuis juillet les attaques meurtrières contre les forces de l'ordre. Plus de 200 policiers y ont trouvé la mort et un attentat a récemment visé des touristes.
Le gouvernement temporaire s'est également lancé dans une véritable guerre juridique contre les islamistes, en particulier les Frères musulmans, dont la quasi-totalité de la direction encore la peine de mort, à instar de M. Morsi en personne. Lundi 24 mars, un juge a d'ailleurs déclenché un tollé international en condamnant à mort 529 pro-Morsi, lors d'un procès expéditif. La démesure de cette sentence – dénoncée par toutes les organisations de défense des droits humains – traduit le climat politique régnant aujourd'hui dans le plus grand des pays arabes.
Retour de l'Etat policier
Toute critique du régime est réprimée. L'Etat policier est de retour, avec son cortège d'arrestations arbitraires, de tortures et de passages à tabac généralisés et de procès truqués. Il s'agit, ni plus ni moins, de faire oublier ce qui s'est passé en 2011, quand les Egyptiens sont descendus dans la rue pour réclamer la fin d'un régime aussi brutal qu'incompétent, celui d'Hosni Moubarak.
Pascal ANDRE

