Face aux moines de Rochefort qui refusent l'approfondissement de la carrière de la Boverie, l'entreprise Lhoist avance des arguments socio-économiques de poids: 468 emplois seraient alors perdus dans 10 ans.
C'est le 7 février prochain que l'on saura si le ministre Philippe Henry autorise l'approfondissement de la carrière de la Boverie (à Jemelle), auquel l’abbaye de Rochefort, mais aussi Ecolo Rochefort et le comité de défense de la Tridaine, s'opposent pour des raisons tant écologiques, qu'hydrologiques et juridiques. En attendant le verdict, l’entreprise Lhoist, qui gère cette carrière, a organisé lundi et mardi deux soirées d’information à destination de ses employés, sous-traitants et fournisseurs, afin de défendre son projet. Elle a ainsi révélé les chiffres d'une étude d’impacts socio-économiques en regard du projet espéré. Cette étude, confiée à l'UCL, a été menée par Philippe Chevalier et le docteur en économie Ignace Adant. Elle indique que l'arrêt de la carrière prévue dans dix ans entraînerait la perte de 177 emplois directs et de 291 emplois indirects. Et plus de 11.000 autres emplois seront également affectés, plus ou moins, par cette fermeture. Quant au manque à gagner pour l'Etat, il a été estimé à près de 6 millions de revenus fiscaux en moins.
La bière plus pérenne que la chaux et le calcaire
Face à ces arguments de poids, les opposants et en particulier l’abbaye de Rochefort estiment que "la priorité est le maintien d’un système hydrologique qui ne doit pas être mis à mal de façon irréversible pour permettre à une carrière de fonctionner pour seulement vingt ans (de 2025 à 2045) et après laquelle il n'y aura plus rien à exploiter". Les moines sont prêts à se battre jusqu'au bout pour faire admettre le danger d'un tel approfondissement qui descendrait dans la nappe phréatique. La solution avancée par Lhoist (un système complexe de pompage continu de l’eau, prise à un niveau bien inférieur à aujourd’hui) ne convainc pas l'abbaye: elle craint que cette eau soit plus chargée en nitrate ce qui nuirait à la qualité de ses bières et l'obligerait donc à traiter cette eau. Pas question non plus pour les moines trappistes de travailler avec une autre source, celle de la nappe aquifère de Gerny en l'occurrence, car aucune étude ne certifie que cette nappe n'a pas d'interconnexions avec d'autres. L'eau est un élément fondamental dans la fabrication de la bière. Une source ne peut se substituer à une autre...
C'est donc un sérieux bras de fer qui est engagé à Rochefort.
P.G. (avec Le Soir)

