Le geste était totalement inattendu. Mardi 10 décembre, en marge de l'hommage officiel à Nelson Mandela à Soweto (Afrique du Sud), le président Barack Obama a serré la main de son homologue cubain Raul Castro. Ce geste pourrait marquer le début d'un réchauffement entre les deux pays, estiment de nombreux analystes.
Avant de monter à la tribune pour prononcer son discours d'hommage à Nelson Mandela, le président américain a serré la main de son homologue cubain, Raul Castro, et lui a adressé quelques mots. La Maison Blanche assure que ce geste "n'était pas programmé". Il n'en reste pas moins historique. Depuis l'avènement de la Révolution à Cuba en 1959, c'est effectivement la première fois qu'une poignée de main est échangée publiquement entre les présidents de ces deux Etats. En 2000, Fidel Castro et Bill Clinton s'étaient salués lors du Sommet du Millénaire à New York, mais sans se serrer la main.
Une longue histoire d'hostilité mutuelle
Si les relations entre les deux Etats étaient neutres au moment de la révolution cubaine, en 1959, elles se sont dégradées dès l'année suivante, avec l'expropriation des compagnies américaines et le refus de Washington d'acheter le sucre cubain, malgré les tentatives de médiation du président argentin Arturo Frondizi. Les deux pays ont donc rompu leurs relations diplomatiques officielles en 1961 et Washington impose depuis 1962 à La Havane un sévère embargo commercial et financier qui n'a cessé d'être renforcé au fil des ans. Le département d'Etat américain inscrit même, chaque année, Cuba sur la liste des pays soutenant le terrorisme, aux côtés du Soudan, de l'Iran et de la Syrie.
Des signes de réchauffement
Dans un tel contexte, on comprend que de nombreux analystes aient voulu donner à cette poignée de main une portée symbolique. "Ce qui s'est passé est la marque que les deux pays sont prêts à négocier", a déclaré le politologue cubain Esteban Morales. "Il ne faut pas perdre cette opportunité. Maintenant, le prochain pas, c'est de commencer à discuter." Le président Barack Obama n'a toutefois pas attendu de serrer la main de Raul Castro pour travailler à un réchauffement des relations entre les deux Etats. S'exprimant devant des milieux anticastristes à Miami, le 9 novembre dernier, le président américain a estimé que les Etats-Unis devaient revoir leur politique vis-à-vis de Cuba. Depuis son arrivée au pouvoir, certaines choses ont d'ailleurs commencé à changer. Les voyages à Cuba des Américano-cubains sont facilités et, surtout, les envois d'argent à Cuba ont été libérés.
Colère chez les Républicains
Les Républicains, de leur côté, ne comprennent pas ce qui a poussé Barack Obama à poser un tel geste. "Pourquoi serrer la main d'un homme qui emprisonne des Américains?" s'est insurgé le sénateur John McCain. "Quand le chef du monde libre serre la main sanglante d'un dictateur impitoyable comme Raul Castro, cela devient un coup de propagande pour le tyran", a déclaré, quant à elle, la représentante Ileana Ros-Lehtinen, favorable à la fermeté face à Cuba.
Dans les rangs des démocrates, on préfère y voir un signe d'espoir, même si certains estiment qu'il ne faut pas exagérer la portée d'une simple poignée de main. De son côté, le quotidien du Vatican, L'Osservatore Romano a salué cette poignée de main historique.
P. A.
