Opposant emblématique à l'apartheid, Prix Nobel de la Paix, président de l'Afrique du Sud, icône planétaire... Nelson Mandela s'est éteint jeudi soir, à son domicile, parmi les siens. Il restera l'homme qui a su pardonner à ses ennemis et réconcilier une nation avec elle-même.
Hospitalisé à plusieurs reprises ces derniers mois pour des récidives d'infection pulmonaire, à la limite de rendre son dernier souffle en juillet dernier, la mort de Nelson Mandela, à l'âge de 95 ans, n'a surpris personne. Mais elle ne manque pas d'émouvoir car avec sa disparition, c'est un destin exceptionnel qui s'achève.
Né en 1918 dans le Transkei, Rolihlahla ("le fauteur de trouble") Mandela est issu d'une famille royale du peuple Thembu. Il fréquente une école méthodiste où, rebaptisé "Nelson", il reçoit une éducation à la fois européenne et africaine. Il s'inscrit ensuite à dix-neuf ans à la faculté de droit de l'université de Fort Hare, la seule qui accepte les Noirs. Le jeune homme décide de lutter contre l'oppression coloniale exercée par la minorité blanche, non pas en appliquant les préceptes marxistes, mais en adhérant aux principes de la résistance non violente prônée par Gandhi.
Pour éviter un mariage arrangé par sa famille, il s'enfuit à Johannesbourg, où il travaille et devient membre en 1944 de l'A.N.C. (African National Congress). Celui-ci a pour objectif de s'opposer à la politique de discrimination raciale adoptée petit à petit par la République sud-africaine de 1913 à 1942. Quatre ans plus tard, alors que Mandela est devenu l'un des premiers avocats noirs de ce pays, le Parti national afrikaner remporte les élections, ce qui lui permet de mettre en place les structures de ségrégation raciale connues sous le nom d'"apartheid".
Concert de Wembley
En 1952, le futur chef de l'Etat est élu vice-président de l'A.N.C. Dans un contexte de tensions croissantes entre Blancs et Noirs, il est arrêté plusieurs fois en dépit de ses méthodes non-violentes. Finalement, son parti est interdit en 1960 suite au massacre de Sharpeville et aux manifestations qui s'ensuivent. Mandela opte alors pour la résistance armée et fonde dès 1961 l'Umkhonto we Sizwe, un mouvement militaire pratiquant des actions de sabotage. Mais il est arrêté en 1962 et se voit condamné deux ans plus tard à la prison à perpétuité, au terme du "procès de Rivonia".
L'O.N.U. a beau s'alarmer et décréter un embargo contre l'Afrique du Sud, le leader moral de l'A.N.C. passera au total vingt-sept années en prison, dont dix-huit dans le bagne très dur de Robben Island. Sa notoriété ne s'en étendra pas moins au niveau international, surtout après les émeutes noires de Soweto en juin 1976. Et en 1985, le président Pieter Botha lui offrira la liberté conditionnelle en échange d'un renoncement à la lutte armée. Mais le célèbre prisonnier rejette cette proposition. Qu'à cela ne tienne: en juin 1988, un concert à Wembley, suivi par 600 millions de téléspectateurs dans le monde, oblige définitivement le régime à le libérer deux ans plus tard. Dans la foulée, l'interdiction de l'A.N.C. est levée.
Une guerre civile évitée
Elu président du mouvement, Mandela va alors négocier avec le successeur de Botha, Frederik de Klerk. Et en 1991, les dernières lois régissant l'apartheid seront supprimées. Les deux leaders recevront conjointement le Prix Nobel de la Paix en 1993 pour leurs efforts visant à la réconciliation du peuple sud-africain. Toutefois, il faudra encore de longues négociations entre le leader noir d'une part, et les extrémistes afrikaners et autres indépendantistes zoulous d'autre part, afin d'éviter une guerre civile et un éclatement du pays. Enfin, les premières élections nationales non raciales sont fixées pour le 27 avril 1994, et se soldent par un raz-de-marée de l'A.N.C. Triomphalement élu, Nelson Mandela devient dès lors président de l'Afrique du Sud. Il n'accomplira qu'un seul mandat jusqu'en 1999, au cours duquel il poursuivra la réconciliation entre Blancs et Noirs et luttera contre les inégalités sociales. Pour réussir à bâtir une « nation arc-en-ciel en paix avec elle-même et avec le monde », il créera notamment la Commission "Vérité et réconciliation", qui inspirera de nombreuses démarches similaires de par le monde.
Cependant, on lui reprochera de négliger quelque peu le problème du sida lorsqu'il était président. Mais il se rattrapera par la suite, brisant le tabou qui entourait alors cette maladie dans son pays et créant une fondation pour lutter contre le sida. Surtout, Madiba (son nom de clan) restera jusqu'à la fin de sa vie une personnalité mondialement écoutée dans le domaine des droits de l'homme, et admiré pour les valeurs humaines qu'il incarnait. Le père de la "nation arc-en-ciel" restera à jamais un symbole universel, à l'égal de Gandhi et de Martin Luther King.
Louis MATHOUX
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