Tandis qu' avant-garde d'un détachement français fort d'un millier de soldats a commencé à se déployer à Bangui, la capitale de la Centrafrique, Amnesty International presse les Nations unies à agir rapidement dans ce pays "au bord du génocide".
Ancienne colonie française, majoritairement chrétienne, la République centrafricaine a sombré dans le chaos lorsque, le 24 mars dernier, les rebelles musulmans de la Séléka, dont beaucoup viennent du Tchad et du Soudan, ont déposé le président François Bozizé. Depuis, ce groupe a été dissout, mais les forces de sécurité sont impuissantes à neutraliser les ex-rebelles. Après une relative accalmie, les violences ont repris depuis début novembre à Bangui, ainsi que dans les provinces reculées. La Séléka s'est effectivement disloquée en une multitude de groupes armés qui sèment la terreur un peu partout dans le pays, principalement à l'encontre des chrétiens, et provoquent la création de milices d'auto-défense.
460.000 déplacés
"Le pays est au bord du génocide", a déclaré Laurent Fabius, le chef de la diplomatie française. "Aujourd'hui, c'est le désordre absolu. Vous avez sept chirurgiens pour cinq millions d'habitants, une mortalité infantile de 25% dans certains coins du pays, un million et demi de personnes qui n'ont rien, même pas à manger, des bandes armées, des bandits, etc." Le constat des organisations humanitaires est tout aussi inquiétant. Selon leurs estimations, le conflit aurait fait plus de 460.000 déplacés, soit un dixième de la population.
Vu la gravité de la situation, la France a décidé d'agir en déployant environ un millier de soldats. Ceux-ci auront pour tâche d'appuyer les quelque 2.600 militaires de l'Union africaine déjà sur le terrain. Mais ceci ne constitue probablement qu'une première étape: le Conseil de sécurité de l'ONU doit approuver cette semaine une résolution française qui vise à renforcer la MISCA, la force de stabilisation africaine, et propose de la porter à 3.600 hommes. Amnesty International estime cependant qu'une réponse encore plus solide doit être apportée. "Si le Conseil de sécurité n'agit pas maintenant pour endiguer le cycle horrible des violences en République centrafricaine", a déclaré Salil Shetty, secrétaire général de l'ONG, "cet échec pèsera lourdement sur la communauté internationale pendant les années à venir." Le problème, c'est que la détérioration de la situation est bien plus rapide que la mobilisation internationale.
Rétablir le dialogue entre chrétiens et musulmans
Aujourd'hui, la Centrafrique est confrontée à trois défis: à court terme, restaurer la sécurité et l'ordre public, et fournir une aide humanitaire d'urgence; à moyen terme, mener à bien la transition politique qui doit durer 18 mois; à long terme, rebâtir l'Etat. Une reconstruction qui devra nécessairement passer par des initiatives de dialogue interreligieux, plus particulièrement dans les villes où les chrétiens et les musulmans vivent maintenant séparément.
P. A.

