C'est en ce jour où l'on fête le 65e anniversaire de la Déclaration universelle des droits de l’homme, qu'a été rendu l'hommage planétaire à un de ceux qui les aura le mieux incarnés au cours de ce XXe siècle.
"One man, one vote", voilà qui nous semble une évidence dans notre Belgique démocratique. Et pourtant, il y a encore 25 ans, il n'en était rien en Afrique du Sud. Voilà pourquoi l'hommage rendu par les grands de ce monde à Nelson Mandela, en ce 10 décembre – jour anniversaire de la Déclaration universelle des droits de l’homme – revêt une force si symbolique.
Commencée avec près d'une heure de retard, la gigantesque cérémonie d’hommage à Nelson Mandela a réuni une centaine d’ex et actuels chefs d’Etat et de gouvernement venus du monde entier, dans le FNB Stadium. Situé à mi-chemin entre Johannesburg et Soweto, ce lieu fut le théâtre de la dernière grande sortie publique de Madiba, à l'occasion de la Coupe du Monde de football en juin 2010. Mais contrairement aux prévisions, ce stade d'une capacité de 90.000 places ne fut qu'à moitié rempli. La pluie battante, qui est tombée sans interruption depuis le matin ("C'est Dieu qui bénit l'Afrique"), mais aussi les recommandations des autorités sud-africaines (de suivre les retransmissions organisées sur écrans géants dans d’autres stades ou à la télévision) et le fait que l'hommage était rendu en pleine semaine ont certainement dissuadé de nombreuses personnes à rejoindre ce stade emblématique. Par ailleurs, cette cérémonie d'hommage s'inscrit dans une semaine de deuil national dont le point d'orgue sera sans doute l'enterrement de Mandela, le 15 décembre prochain. Après avoir prié dimanche pour leur premier président noir, les Sud-Africains auront d'autres occasions de lui rendre hommage.
Obama acclamé, Zuma hué
Aujourd'hui, c'était surtout le rendez-vous des grands leaders politiques (passés et actuels) de la planète. Avec le premier d'entre eux, Barack Obama, salué par une clameur, alors que, quelques minutes plus tôt, le président Jacob Zuma avait été hué à son arrivée dans le stade (le président sud-africain est soupçonné d’avoir utilisé des fonds publics, à hauteur de 14,5 millions d’euros, pour des travaux somptuaires dans sa maison).
Après une poignée de mains historique avec le président cubain Raul Castro, le président des Etats Unis a longuement pris la parole pour saluer la mémoire du père de la "nation Arc-en-ciel", désignant Mandela comme "un géant de l’histoire". "Son combat était votre combat, son triomphe était votre triomphe... Votre liberté et la démocratie sont l'héritage qu'il vous a légué", commentera Barack Obama qui a par ailleurs critiqué les dirigeants qui se disent "solidaires" avec Mandela mais ne tolèrent pas d'opposition. Un sous-entendu à l'adresse du vice-président chinois, qui s'exprimera aussi à la tribune.
La force puissante du pardon
Parmi les nombreux orateurs de cette journée, le secrétaire général de l'ONU Ban Ki-Moon, a quant à lui souligné que même dans la mort, Nelson Mandela avait réussi à "unir" des dirigeants aux opinions différentes. Le héros universel de la réconciliation "détestait la haine", a rappelé Ban Ki-Moon lors de cette cérémonie. "Il a montré la force puissante du pardon, et sa capacité à unir les gens", a-t-il poursuivi. Et aujourd'hui, "il l'a refait".
"Regardez ce stade: nous voyons des dirigeants qui représentent de nombreuses opinions et des gens de toutes les classes sociales. Ils sont tous là unis", a constaté Ban Ki-Moon. Et de conclure avec cette belle image, ô combien de circonstance: "j'espère que nous verrons l'arc en ciel succéder à la pluie."
P.G.
