Une montée du racisme en Europe ?


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Une montée du racisme en Europe ?
Par Pierre Granier
Journaliste de CathoBel
Publié le - Modifié le
3 min

Foule-Europe

La popularité des partis politiques d'extrême-droite et le développement des réseaux sociaux ont indubitablement contribué à libérer des discours racistes en Europe. Et le contexte de crise économique n'arrange rien au phénomène, mais, au contraire, le nourrit. Peut-on dire pour autant que le racisme se développe?

 

Christiane Taubira, ministre française de la Justice, qualifiée de "maligne comme un singe" sur la couverture du magazine Minute; Cécile Kyenge, ministre italienne de l’Intégration, traitée d' "orang-outan" par un sénateur du parti italien; les migrants en Grèce comparés à des cafards par un membre du parti Nouvelle Démocratie… Les exemples ne manquent pas hélas! pour traduire cette insupportable banalisation des propos racistes observée en Europe ces dernières années.
Plusieurs facteurs expliquent ce phénomène. Il y a notamment le développement des réseaux sociaux qui leur offrent une incroyable caisse de résonance. Il n'y a qu'à parcourir les commentaires laissés à la suite de certains articles mis en ligne par les journaux pour s'en rendre compte. Par ailleurs, les mesures d’austérité, draconiennes dans certains pays, ont transformé "l'étranger" en bouc-émissaire. La crise économique engendre un grand sentiment d’insécurité qui nourrit le racisme. Enfin, l'attitude de certains dirigeants politiques n'est pas exempte de tout reproche. Face à la montée en puissance de l'extrême-droite, les partis traditionnels se radicalisent avec un discours sur l’immigration beaucoup plus ferme.
Pour autant, cette libération du discours raciste traduit-elle aussi le fait que le racisme est un phénomène en expansion? Il est plus difficile de répondre à cette question. Dans "Le Soir", Patrick Charlier, directeur adjoint du Centre pour l’égalité des chances de Belgique, explique que la médiatisation de ces événements a enflé la perception du racisme. "Mais le racisme existe depuis toujours, en Europe comme ailleurs, dès l’apparition des stéréotypes et des préjugés sur les autres. Ce qui est grave, c’est lorsque les préjugés se transforment en discrimination, puis en violence."

 

En Belgique, une baisse difficile à expliquer

 

Selon les statistiques de l’Agence européenne pour les Droits fondamentaux (AEDF), dans certains pays, les plaintes ont effectivement augmenté, voire explosé, comme en République Tchèque. Dans ce pays où l'on déplore régulièrement des manifestations anti-Roms (les principales victimes de crimes à caractère raciste en Europe) rassemblant des centaines de personnes, les plaintes pour crimes à motifs racistes enregistrés par le ministère de l'Intérieur ont augmenté de 39% entre 2008 et 2011! Peut-être aussi en raison d'une meilleure conscientisation aux procédures pour porter plainte.
Dans d'autres pays, ils ont diminué, parfois considérablement comme en Autriche (- 33%) ou en Belgique qui, de 2008 à 2011, a enregistré une baisse de 17% des crimes racistes et xénophobes officiellement déclarés. Une baisse difficile à expliquer. "Nous ne pensons pas que le racisme a diminué", confirme Patrick Charlier, précisant que le critère racial est le premier critère de discrimination dans notre pays, devant le handicap, les convictions religieuses et philosophiques, l’âge et l’orientation sexuelle.
A la hausse ou à la baisse, ce qui est sûr, c'est que ce qui est déclaré ne représente que la partie visible d'un iceberg beaucoup plus inquiétant. "Dans près de 90% des cas de harcèlement, les minorités ethniques ne le font pas savoir auprès des autorités compétentes", indique-t-on à l’AEDF.

P.G. (avec Le Soir)

 

 

Catégorie : International

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