A l'occasion de la journée de l'Unité, le chef de l’Eglise orthodoxe russe a donné un nouveau témoignage de son soutien au Président de la Russie.
Le 4 novembre, la Russie fête la journée de l’unité nationale*. Et c'est ce jour-là que le patriarche Cyrille Ier a remis à Vladimir Poutine le premier prix du Conseil mondial du peuple russe pour la sauvegarde de l'Etat Russe. Le président Poutine est ainsi le premier lauréat de ce prix décerné par un Conseil présidé par le patriarche orthodoxe lui-même…
En matière de symbole, il est sans doute difficile de faire mieux pour montrer, une nouvelle fois, un soutien indéfectible au représentant suprême de l'Etat… Une alliance qui dépasse ici le seul cadre religieux, comme le montrent ces mots du chef de l'Eglise russe: "Un des sujets qui tient à coeur les membres du Conseil est celui de notre Etat. Un Etat fort et puissant qui a du respect de soi et qui est respecté par les autres", a dit le patriarche Cyrille, qui a ensuite été invité à bénir le nouveau monument aux grands hommes, où les Tsars ont retrouvé leur place.
Eloges réciproques
Les très bonnes relations qui existent entre le président de la Russie et le chef de l'Eglise orthodoxe russe ne datent pas d'hier. En arrivant au Kremlin, Vladimir Poutine avait déclaré que "L'Eglise orthodoxe est le gardien des valeurs morales et spirituelles de la Russie." Douze ans après, lors des élections présidentielles en 2012, et alors que la Russie connaissait une vague de contestation sans précédent contre le pouvoir, le patriarche Cyrille Ier n'hésite donc pas à apporter son soutien appuyé au futur président Poutine: "Vous avez joué un rôle personnel énorme pour redresser le cours de l'Histoire dans notre pays. Je voudrais vous en remercier".
Les éloges de Vladimir Poutine (dont la foi ne se limite sans doute pas à une identification ethno-culturelle) à l'égard de l'Eglise sont régulières, comme ses participations aux offices religieux lors des grandes fêtes. Cet été, il a ainsi envoyé un message au patriarche, dans lequel il écrit que la Russie est devenue une grande puissance grâce à l'adoption de la foi chrétienne. "C'est la foi chrétienne orthodoxe qui a donné une impulsion au développement de la culture et de l'enseignement en Russie. Elle a libéré des forces créatrices colossales, a encouragé le peuple russe et l'a soutenu pendant des périodes difficiles. L'Eglise orthodoxe russe a toujours été avec son peuple."
Etre ainsi proche de l’Eglise est important pour les autorités afin de toucher des millions de fidèles dans un pays où près de 70% de la population se déclare orthodoxe, même si le nombre de pratiquants réguliers n'excède pas les 7%. Mais inversement, que peut apporter une telle proximité du Patriarche avec le pouvoir? Ne risque-t-il pas de devenir un otage de ses relations avec les autorités? Cyrille Ier peut invoquer le fait que l'Eglise orthodoxe a obtenu de l'Etat la restitution d'églises et de monastères confisqués à l'époque soviétique, la présence d'aumôniers dans les unités militaires et des cours d'initiation à la culture orthodoxe dans les écoles... Ce soutien à Poutine est peut-être aussi un moyen de défendre efficacement l'opposition de l'Eglise à toute reconnaissance légale de l'homosexualité en Russie, et de mettre ainsi en avant une différence culturelle avec l'Occident.
Il n'empêche que la nature de ses liens avec le gouvernement, ainsi que son train de vie luxueux, interrogent la communauté internationale mais aussi de nombreux citoyens russes et pas seulement les plus ardents défenseurs des Pussy Riots ou des Femen.
Pierre GRANIER
* Les Russes fêtent à cette date la libération de Moscou, en 1612, des envahisseurs polonais et lituaniens par les milices populaires. Le même jour, les chrétiens orthodoxes célèbrent l'icône de Notre-Dame de Kazan, dont l'image est liée pour toujours à la libération de la Patrie.
