Les évêques de la COMECE (Commission des épiscopats de la Communauté Européenne) se sont réunis en assemblée plénière d’automne du 12 au 15 novembre dernier. Le thème de la migration et de l’asile a fait l’objet des principaux débats.
Souvenez-vous du naufrage du 3 octobre dernier qui avait coûté la vie à 300 migrants tentant d’atteindre l’île italienne de Lampedusa. La tragédie avait touché les cœurs et focalisé les esprits sur la détresse et la traite des migrants. Ces dernières années, plus de 20 000 personnes se sont noyées au cours de leur tentative de traverser la Méditerranée. Des chiffres si interpellant que les évêques de la COMECE ont consacré leur assemblée à l’étude du phénomène actuel de la migration et de l’asile dans le cadre de l’UE.
Une solidarité indispensable
Bien qu’il y ait des instruments juridiques à mettre en place en théorie de façon uniforme, les Etats membres de l’Union européenne les appliquent de façon disparate. Les Etats membres méditerranéens ont le sentiment de porter une trop grande part du fardeau. Les évêques ont reçu une lettre de leurs confrères maltais demandant plus de solidarité envers leur pays. Il est essentiel que tous les Etats membres adoptent une approche plus humaine dans les politiques de migration et d’asile et soient solidaires entre eux. "Nous allons nous impliquer pour que les pays qui sont aux confins de l’Union puissent mettre en œuvre une politique humaine d’accueil et d’attention", a souligné Mgr Kockerols, vice-président de la COMECE et évêque auxiliaire de l’Archidiocèse de Malines-Bruxelles.
Si un cadre de vie pacifié où les conditions économiques et sociales dans leurs pays d’origine le leur permettaient, il est certain que la plupart des candidats à l’immigration préféreraient rester chez pour continuer à y vivre avec leur famille. Une plus grande aide aux pays d’origine pourrait donc les inciter à rester dans leur patrie. Les évêques sont d’avis qu’une politique d’aide coordonnée en direction des pays d’origine et de transit est nécessaire pour endiguer les flux migratoires. C’est pourquoi il est indispensable de développer une politique de migration de l’UE plus cohérente, qui soit davantage coordonnée avec les autres politiques de l’Union (notamment les politiques commerciale, de coopération et les affaires étrangères).
Le scandale du trafic des êtres humains
On estime qu’à l’heure actuelle dans l’UE, 880.000 personnes sont victimes des réseaux de trafic d’êtres humains. Il s’agit notamment de victimes de travail forcé, de l’industrie du sexe ou du trafic d’organes. L’esclavage moderne, une émanation de la migration irrégulière, est en effet extrêmement lucratif.
Les évêques ont reçu avec émotion le témoignage d’une femme victime de ce trafic, de la fondation Sophie Hayes. Ils ont également pris connaissance des succès de la lutte contre ces crimes et du programme de sauvetage et de réinsertion des victimes, mis en place en partenariat avec l’unité anti trafic de Scotland Yard et la conférence épiscopale d’Angleterre et du Pays de Galles. Il est apparu que ce modèle de bonne pratique et de partenariat, qui fonctionne avec succès au Royaume-Uni, pourrait inspirer les évêques catholiques, les organisations, notamment les congrégations de religieuses, dans d’autres pays membres de l’UE.
D’après le vice-président de la COMECE , "il y a en Angleterre un pragmatisme que nous ne connaissons pas en Belgique. C’est très regrettable qu’il n’y ait pas chez nous ce sens naturel de la collaboration entre les pouvoirs publics, la police et ceux qui veillent à accueillir les immigrés."
Plus d’hospitalité dans l’Eglise
Enfin, les évêques de la COMECE sont particulièrement préoccupés par la xénophobie dont sont victimes les migrants, de part et d’autre en Europe. Or, ils rappellent que les migrants représentent une chance pour nos sociétés et nos communautés paroissiales, de part la variété des talents, des cultures et des compétences qu’ils nous apportent.
"On peut espérer que l’Eglise contribue à sa façon à ce que les populations qui arrivent chez nous soit réellement intégrées. Qu’elles apportent le meilleur d’elles-mêmes et que nous puissions vivre avec elles un win-win où chacun contribue à une société multiculturelle et particulièrement belle et stimulante", a commenté Mgr Kockerols.
Il est donc essentiel que les communautés paroissiales en Europe accueillent les migrants et s’efforcent par tous les moyens à les faire se sentir chez eux parmi nous.
Sophie Timmermans


