D'après la section belge de l'Observatoire international des prisons (OIP), les conditions de détention se sont dégradées en cinq ans. Son rapport 2009-2013, particulièrement accablant, pointe plus de 75 atteintes aux droits élémentaires des prisonniers, au premier rang desquelles la surpopulation carcérale, en constante augmentation.
La section belge de l'Observatoire international des prisons, une organisation qui réunit des avocats, criminologues, magistrats, citoyens… soucieux du respect des droits humains dans les différents lieux de détention, n'est pas contente et le fait savoir haut et fort. Depuis son dernier rapport publié en 2008 et qui pointait déjà toute une série de problèmes, la situation n'a pas changé. Au contraire, elle s'est même dégradée. Principaux problèmes: la vétusté de nos prisons et la surpopulation carcérale, en constante progression. Actuellement, les prisons belges comptent quelque 12.000 détenus pour une capacité d'un peu plus de 9.000 places, ce qui représente une augmentation de 7% par rapport à 2012. Une telle situation ne peut évidemment qu'avoir des conséquences sur les conditions de vie des détenus.
Au long de son volumineux rapport 2013, l'OIP énumère pas moins de 75 atteintes aux droits alimentaires des détenus, parmi lesquelles le manque d'hygiène, le déclin de la santé physique et mentale, le manque de suivi par les médecins et les assistants sociaux, le manque de serviettes, de pantalons ou de chaussures en bon état, des matelas par terre, l'absence de WC dans certaines cellules, des repas mal équilibrés et souvent servis froids, ou encore la promiscuité. "Les prisons explosent, les détenus explosent", a commenté Juliette Moreau, avocate et présidente de l'OIP.
Un réquisitoire contre la politique d'Annemie Turtelboom
En filigrane, l’Observatoire des prisons dresse donc un réquisitoire en règle contre la politique pénitentiaire belge, et singulièrement contre Annemie Turtelboom, ministre Open VLD de la Justice. Annemie Turtelboom, à qui l'on reproche un manque de dialogue avec les différents acteurs du monde carcéral. "Elle reste sourde aux avertissements qui lui sont lancés et s’entête dans une politique de l’immédiateté, refusant de s’attaquer aux problèmes de fond", ajoute l’OIP.
Ce que dément Laurent Sempot, le porte-parole de l'administration pénitentiaire. Certes, celui-ci reconnaît le mauvais état de certains établissements, mais refuse que l'on considère la prison de Forest comme représentative de l'état général des prisons en Belgique. "Nous connaissons nos difficultés", ajoute-t-il. "Elles sont identifiées par des organismes légitimes aux niveaux national et international. Des actions concrètes sont en train d'être mises en place pour résoudre les problèmes les plus délicats et trouver un début de solution."
Un service minimum en cas de grève?
L’Observatoire international des prisons dénonce également un "recours abusif à la grève pour des motifs non légitimes", comme la volonté de voir imposer une sanction disciplinaire à un détenu ou de s’opposer à l’arrivée dans une prison d’un certain détenu. Les agents pénitentiaires sont excédés, à juste titre, par leurs conditions de travail, reconnaît l'OIP, mais le droit de faire la grève "ne peut être absolu". Il réclame donc la mise en place d'un service minimum en Belgique qui serait, avec l'Albanie, le seul pays du Conseil de l'Europe a être dépourvu de ce système.
Cette idée n'est évidemment pas du goût des syndicats. "Déjà avec le service maximum que nous assurons, les besoins primaires des détenus ne sont pas assurés", explique Michel Jacobs, président de la CGSP-Prisons, dans les colonnes du "Soir". "Alors, avec un service minimum, vous pensez bien qu'ils le seront encore moins… Et puis, je suis contre l'atteinte au droit de grève. Ou alors, que les politiques aient le courage de dire qu'ils le suppriment."
Pascal ANDRE

