Centrafrique : la situation à Bossangoa est explosive


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Centrafrique : la situation à Bossangoa est explosive
Par Jean-Jacques Durré
Publié le - Modifié le
3 min

bossangoa1Plus de six mois après le renversement de François Bozizé par les forces de la Seleka, l’autorité de l’Etat tarde à se rétablir en Centrafrique. Si la situation semble commencer à se stabiliser à Bangui, la capitale, l’intérieur du pays reste sous la coupe des forces de la Seleka, pourtant officiellement dissoutes. Bossangoa, à 305 km au nord de Bangui, est aujourd'hui l'épicentre des tensions entre la majorité chrétienne et la minorité musulmane.

A Bossangoa et dans un large cercle de villages environnants, plus personne ou presque ne dort chez soi. Toutes les maisons sont vidées de leurs habitants à cause de l'insécurité. Les bâtiments de l'église ne sont plus consacrés à la prière et l'école "Liberté" n'est plus un site d'apprentissage. Tous ces lieux ont été transformés en camp de déplacés. Au total, quelque 35.000 personnes vivent entassées sur les quatre hectares de la mission catholique.

Avec une telle concentration de population sur un si petit espace, la vie s’est réorganisée comme elle le pouvait. On trouve pêle-mêle des tentes, des petits commerces, des animaux qui courent au milieu des eaux usées, des enfants qui jouent. De quoi faire craindre à l’abbé Michel Ningando, le responsable de la Caritas locale, l’émergence de problèmes sanitaires. "Le gros problème", dit-il, "c’est un problème d’hygiène. Les gens urinent et font caca partout, alors on a peur du choléra."

Une ligne de démarcation invisible

La situation n'est malheureusement pas près de s'arranger, puisqu'à Bossangoa, comme dans beaucoup d'autres préfectures du pays, l’Etat centrafricain n’a pas ou n’a plus d’existence. Il n’y a plus d’administration, plus de force de l’ordre. C’est Issa Israël Abdoulaye, un officier de la Seleka, qui dirige les lieux. Lui et l’évêque du lieu, Mgr Nestor Nongo Aziagba, appellent les populations chrétiennes à rentrer chez elles, mais ils peinent à convaincre. Bossangoa est effectivement devenue l'épicentre des tensions entre la majorité chrétienne et la minorité musulmane.

Une ligne de démarcation invisible sépare les deux communautés et le risque d'escalade est réel. Le sang a coulé de part et d'autre, les populations ne se parlent plus, ne se fréquentent plus et se rejettent la faute mutuellement. Elles sont sourdes aux malheurs des autres et muettes sur les dérives des leurs. La peur des représailles est présente d'un côté comme de l'autre.

Pourtant, les tensions religieuses semblent être la conséquence de cette crise plus que son origine. Ce qui se passe à Bossangoa est avant tout alimenté par l’absence de l’Etat, par le fait que cette région ait été laissée entre les mains de rebelles qui ont pillé la population et l’ont brutalisée. C’est la rancœur des populations vis-à-vis de la Seleka, leur exaspération qui ont conduit à prendre à partie les musulmans en représailles, car la Seleka est constituée en quasi-totalité de musulmans.

Améliorer les conditions de vie des déplacés

En attendant, le Haut Commissariat aux réfugiés, cherche à améliorer les conditions de vie "désastreuses" des déplacés. Dans son communiqué, l’organisation onusienne a exprimé sa "grande préoccupation" face aux conditions d’hygiène dans lesquelles ceux-ci vivent actuellement. Elle a envoyé cette semaine un spécialiste en abris d’urgence et un agent de planification.

De son côté, l’UNICEF a fourni des tentes et des bâches en plastique, car les réfugiés vivent entassés dans "un espace minuscule", ce qui constitue pour eux un risque pour la santé et la sécurité des personnes. D’autant plus que certains d’entre eux sont venus avec du bétail, notamment des chèvres et des porcs. Enfin, le PAM (Programme alimentaire mondial) a distribué des vivres, début octobre, aux personnes installées sur le parc de l’église, ainsi qu’à celles qui occupent l’hôpital et l’école de la ville.

Pascal ANDRE (avec Apic)


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