Instaurée en 2003, la journée mondiale contre la peine de mort a lieu chaque année le 10 octobre. Cette 11e édition, dont le slogan est "Arrêtons le crime, pas la vie", est dédiée aux Caraïbes où peu d’exécutions ont lieu, mais où un noyau de pays reste fermement opposé à l’abolition.
Inefficace face au crime, injuste, jamais à l'abri d'erreurs et cependant irréparable, la peine de mort est un échec de la justice. Pourtant, chaque année, dans le monde entier, des milliers de femmes et d'hommes sont condamnés à la peine capitale. Certes, de nets progrès ont été enregistrés ces dernières décennies, puisque deux tiers des Etats de la planète ont aboli la peine de mort ou ont adopté un moratoire. Mais 58 pays l'appliquent encore et l'année écoulée a vu la reprise des exécutions en Gambie, en Inde, en Indonésie, au Koweït, au Nigeria, au Pakistan et, plus récemment, au Viêt-Nam. Consacrer chaque 10 octobre à la lutte contre la peine de mort est donc loin d'être un luxe.
Pour cette 11e édition, la Coalition mondiale contre la peine de mort a décidé de mettre l'accent sur les Caraïbes. Paradoxalement, il y a peu d’exécutions dans cette partie du globe et certains pays de ce secteur sont même devenus abolitionnistes en pratique, leur dernière sentence de mort ayant été appliquée il y a de nombreuses années. Mais quelques-uns résistent et sont farouchement opposés à l’abolition. Des pétitions circulent pour faire fléchir la Barbade, Trinité-et-Tobago et le Guatemala. L’objectif ? Que les pays récalcitrants révisent leur code pénal. La Trinité-et-Tobago et la Barbade restent les deux seuls pays continuant à appliquer la peine de mort automatique pour les meurtres.
Le châtiment le plus inhumain qui soit
De son côté, Amnesty International demande que l'on cesse de présenter la peine de mort comme la solution miracle pour réduire le nombre d'infractions graves et que l'on se penche plutôt sur les problèmes du système judiciaire. L'ONG rappelle également qu'elle s’oppose en toutes circonstances et sans aucune exception à la peine de mort, et cela quelles que soient la nature et les circonstances du crime commis, la culpabilité ou l’innocence ou toute autre situation du condamné, ou la méthode utilisée pour procéder à l’exécution. Pour elle, la peine capitale est sans aucun doute le châtiment le plus cruel, inhumain et dégradant qui soit.
Les ONG ne sont pas les seules à se mobiliser. Mercredi 9 octobre, quarante-deux ministres des Affaires étrangères, dont le vice-premier ministre belge Didier Reynders, ont signé un appel pour l'abolition de la peine de mort, la déclarant "intrinsèquement inhumaine" et soulignant que le sujet doit rester à l'ordre du jour de la communauté internationale. "Une justice qui tue n'en est pas une", rappellent-ils. En Europe, la Biélorussie est le seul pays où la peine de mort est encore exécutée.
En cas de nécessité absolue
Mais quelle est la position du Vatican sur ce sujet ? D'une certaine manière, on peut dire qu'il a sensiblement évolué ces deux dernières décennies. En effet, si le nouveau catéchisme de l’Eglise catholique de 1993 n’exclut pas, "dans les cas d’une extrême gravité", le recours de l’autorité publique à la peine de mort, sa version d’octobre 1998 maintient la possibilité d’utiliser la peine de mort, mais uniquement dans "les cas de nécessité absolue de suppression du coupable". Elle ajoute toutefois que ces cas exceptionnels "sont désormais assez rares, sinon pratiquement inexistants". Les derniers papes, quant à eux, n'ont cessé d'appeler à l'abolition les pays où la peine de mort est encore pratiquée.
Pascal ANDRE
