Avec 8,7 % de la population active sans emploi, le taux de chômage atteint pour le mois de juin 2013 un niveau record pour notre pays. Des chiffres pourtant en deçà de la réalité selon l'économiste Philippe Defeyt.
Le taux de chômage en Belgique n’a jamais été aussi élevé ces dix dernières années qu’il ne l’est actuellement (8,7%), rapportent De Standaard et Het Nieuwsblad sur base des chiffres publiés le 16 août 2013 dans le Bulletin statistique de la Banque nationale de Belgique (BNB). On recense ainsi plus de 610.000 demandeurs d'emploi en juillet, selon les deux quotidiens. Des chiffres à nuancer pour Philippe Defeyt, économiste et président du CPAS de Namur car ils proviennent de sources différentes. Le pourcentage avancé provient de données statistiques émanant de l'institut européen Eurostat sur base d'une enquête sur les forces du travail. "Si on prend en compte les dernières prévisions du Bureau du Plan, donc établies sur bases de chiffres communiqués par les offices régionaux pour l'emploi , le taux estimé monte à 12,4% !". Pour Philippe Defeyt, les deux sources vont dans la même direction, une augmentation du nombre de personnes sans emploi, mais elles ne prennent pas en compte les mêmes données. Ainsi, Eurostat comptabilise 100.000 indépendants de moins que le Bureau du Plan. De nettes différences apparaissent également selon les sources concernant le nombre d'emplois recensés dans le secteur public ou encore dans la prise en compte ou non des jeunes diplômés demandeurs d'emploi.
"Au-delà de ce débat sur la fiabilité des estimations", explique Philippe Defeyt, "on constate que notre société n'accepte pas que, depuis des années, la croissance ne parvient pas à résoudre le chômage et la pauvreté. Actuellement, 40% de la population active est hors-circuit. " L'économiste estime que pour des années encore, notre pays ne parviendra pas à produire de l'emploi en suffisance et que l'on camoufle ce constat derrière des principes de façade tels que le chômage structurel. Philippe Defeyt dénonce également l'hypocrisie d'un système qui rejette la faute sur les jeunes sans leur donner réellement une chance de se faire une place dans le monde du travail. "Le niveau d'exigence est de plus en plus élevé. On attend du jeune de nombreuses compétences mais également de la mobilité, de la réactivité et une santé à toute épreuve. Ces exigences rendent l'accès à l'emploi très difficile et découragent de nombreux jeunes".
En reprenant sa casquette de président du CPAS de Namur, Philippe Defeyt s'inquiète des conséquences de cette hausse du chômage sur les inégalités et la pauvreté: "Les personnes qui ont pu préserver leur emploi sont nettement moins touchées par la crise et les mesures mises en place par le gouvernement que les personnes sans emploi". Il prône une comparaison des données liées au chômage et surtout une réflexion plus large autour de pistes comme la répartition de la charge de travail sur plus de travailleurs, qui permettrait non seulement de créer plus d'emplois, mais aussi d'alléger les conditions de travail de ceux qui en ont un.
MVL

