Père Bruno, 75 ans, a démissionné de sa fonction de Supérieur de la communauté de l'abbaye de Leffe en mai dernier. Père Benoît, 45 ans, est devenu le 59e père abbé de Leffe le 24 juin. Il recevra la bénédiction abbatiale le 21 septembre à l'abbaye de Floreffe. Regards croisés sur ces deux prélats à la personnalité bien différente.
Vous êtes tous les deux chanoines réguliers de l'ordre de Prémontré. Quelles sont les particularités de cet ordre ?
Père Benoît: La vie monastique est mieux connue du public. Elle est issue de la spiritualité de Saint Benoît, tandis que nous, chanoines, suivons la règle de Saint Augustin. Saint Augustin était un évêque africain du IVe siècle, qui a voulu vivre une vie commune et une vie de pauvreté avec ses prêtres. Nous avons été fondés par Saint Norbert, un réformateur de l'ordre canonial (prêtres vivant en commun); un ordre qui existait bien avant lui. En suivant cette règle de Saint Augustin - une règle très courte – et en mettant au centre la charité et la préservation du bien commun, nous vivons ensemble une vie communautaire, une vie de prière, mais aussi une vie pastorale, propre au ministère presbytéral.
Père Bruno: Cette vie, à la fois tournée vers l'intérieur et l'extérieur, est typique des prémontrés, mais elle est avant tout une tournure d'esprit. C'est normal pour nous d'annoncer la bonne nouvelle, comme les moines le font, mais nous, nous faisons un pas en plus, car, en général, nous sommes tous prêtres. Et qui dit sacerdoce, dit peuple de Dieu. C'est notre marque de fabrique que de dédier notre vie aux autres.
Vous avez fêté vos 20 ans à l'abbaye. Comment avez-vous été attiré par cette forme de vie-là ?
Père Bruno: A 20 ans, j'ai offert ma vie à Dieu, mais je ne voulais pas être tout seul. Je voulais vivre avec d'autres. Et avoir cette possibilité d'annoncer. On a un feu en soi qui brûle, et on ne peut le garder. Au premier office, à 6h30, quand nous chantons: "… Venez, crions de joie, acclamons le Seigneur…", c'est déjà un premier partage, mais de façon plus concrète, c'est cette envie d'apostolat, de servir Dieu avec d'autres frères et en dehors de la communauté, qui brûle en moi.
Père Benoît: Moi, j'ai découvert les prémontrés dans un livre d'Histoire. Je cherchais un cadre de vie et de prière. Entretemps, j'ai découvert les frères et ce cadre s'est rempli. Mon attachement à l'abbaye est tout autre aujourd'hui. Il y a eu une "création artistique" de relations humaines, qui fait que ma motivation première est restée, mais elle s'est nettement embellie…
Propos recueillis par Sylviane BIGARÉ

