L'Eglise orthodoxe de Roumanie est l'une des plus dynamiques d'Europe de l'Est. Pour preuve, elle ouvre, chaque mois, dix nouveaux lieux de culte dans le pays. Comment expliquer ce phénomène ? Explications.
Alors que la Roumanie est l'un des pays les plus pauvres d'Europe, l'Etat verse, chaque mois, à l'Eglise orthodoxe des millions d'euros pour payer le salaire des prêtres et financer les projets de rénovation ou de construction d'église. Selon une enquête publiée par le site de la BBC, dix nouveaux lieux de culte s'ouvrent chaque mois dans ce pays, dont 90% des habitants est orthodoxe. Résultat: certaines villes du pays ont aujourd'hui un nombre d'églises par habitants supérieur à ceux que l'on rencontre dans la "Bible Belt" au sud-est des Etats-Unis, où sont implantés les très conservateurs baptistes du sud.
Plusieurs explications
Comment expliquer ce phénomène ? Selon Victor Opaschi, ministre roumain des Affaires religieuses, il s'agirait là principalement d'une réponse de l'Etat à un problème historique, qui remonterait à l'époque des Ceausescu. "Les communistes ont dépossédé l'Eglise, qui a alors perdu presque tous ses biens. Aujourd'hui, l'Etat essaie de compenser cela en lui rendant une petite part de ce qui lui a été dérobé."
Mais tout le monde n'est pas d'accord avec cette analyse. Il faut effectivement savoir que l'Eglise orthodoxe roumaine, qui caracole en tête des sondages de popularité, est très présente dans la vie politique du pays, donne son avis sur de nombreux sujets, intervient dans les débats et bloque même parfois certaines réformes. L'argent qu'elle touche ne vient donc pas seulement de l'Etat, mais aussi d'élus locaux ou d'entreprises privées, qui attendent évidemment en retour un soutien de l'Eglise orthodoxe, notamment en période électorale.
Le patriarche Daniel, un véritable manager
Il ne faut pas non plus sous-estimer le rôle jouée par le patriarche Daniel Ciobotea, élu le 12 septembre 2007, soit six semaines après le décès du patriarche Teoctist. "C'est un manager plutôt qu'un érudit", a dit de lui l'académicien Razvan Theodorescu, lors de sa nomination. Et il n'avait pas tout à fait tort: le nouveau patriarche a très vite exprimé le souhait de "relooker" son Eglise en s'inspirant des modèles protestant et catholique de l'Europe de l'Ouest. Ainsi, a-t-il créé une agence de presse, une station de radio, une chaîne de télévision, un site Internet et un magazine, le tout regroupé dans le groupe "Trust Trinitas", ainsi qu'une société gérant les nombreuses propriétés immobilières de l'archevêché. Une politique qui lui a permis de faire de l'Eglise orthodoxe un interlocuteur incontournable sur la scène politique.
Malheureusement, ces arrangements profitent quasi-exclusivement à cette Eglise. Les minorités religieuses, comme l'Eglise catholique, attendent toujours pour la rénovation de leurs propres lieux de culte.
P. A. (avec La Vie)
