Théâtre: « Rien à signaler »


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Théâtre: « Rien à signaler »
Par Pierre Granier
Journaliste de CathoBel
Publié le - Modifié le
3 min

Spectacle passionnant et émouvant, "Rien à signaler" est à bien des égards très suggestif des attitudes qui gangrènent la société dans laquelle nous vivons aujourd’hui. Une société malade de la crainte d’aimer, de la crainte d’être attentif, et dont l’indifférence, le silence complice voire le sadisme pourraient bien être les symptômes. Martin Crimp opère là une autopsie de la société de son temps, en mal d’une solidarité authentique.

 

Rien à signaler traite d’un sujet très interpellant : la maltraitance qu’un couple du rez-de-chaussée inflige à une enfant sous le regard silencieux mais coupable des voisins du premier niveau. La petite Sharon subit des sévices de tous ordres de la part du copain de sa mère qui l’oblige à rester enfermée dans la maison nuit et jour. Au silence de l’enfant qu’on n’entend presque jamais parler, Martin Crimp oppose l’arrogance de cet amant en mal d’humanité et la passivité d’une mère que l’amour rend aveugle. Les voisins à l’étage, Milly et son voisin de palier, sont bien conscients du drame que vit cette enfant qui va bientôt souffler ses quatre bougies, mais rien ne les détermine à intervenir, mieux, à le signaler. "De quel droit je serais allé m’en mêler", c’est cela l’alibi.

Un procès à notre société

L’auteur dénonce l’enfance maltraitée. Et pour cela, il ose user d’une pincée d’humour à faire éclater de rire le spectateur au point d’occulter la cruauté. Mais derrière la plume de l’auteur se cache un procès à notre société dont les griefs à charge sont l’indifférence, l’insouciance, le silence coupable et complice face au mal qui sévit autour de nous.
L’enfance maltraitée sous le regard indifférent des voisins, c’est en fait le symbole de toutes les personnes faibles qui subissent des injustices de tous genres sans que personne ne le dénonce, sans rien à signaler. Cette œuvre n’est pas seulement un reproche qu’il n’y a plus rien à signaler tant les médias ont tout déballé sur le drame de Sharon. Elle est aussi un reproche à un déficit d’agir. Elle est aussi une remise en cause de "l’efficacité de l’assistance sociale". Souvent on pointe du doigt ceux qui bloquent les résolutions. Exactement ce que font Milly et son voisin du palier. Quand les médias font tomber les voiles des horreurs vécues par Sharon, les deux s’accusent mutuellement : "c’est mon voisin (ma voisine) qui aurait dû le signaler".

Œuvre morale

Bref, ce spectacle s’adresse à nous tous, puissants ou misérables, qui d’une façon ou d’une autre sommes auteurs ou complices des souffrances des autres par notre silence coupable, par la complaisance de nos prises de positions sur ce qui se passe chez nous au travail, au foyer , dans nos clubs, dans nos écoles et dans nos rues. Rien à signaler ? Mais Si !, il y a bien quelque chose à signaler : le mal autour de nous et notre indifférence. Georges Lini, le metteur en scène, a beau se refuser d’être moralisateur et d’en attribuer l’étiquette à Martin Crimp, "Rien à signaler" n’en demeure pas moins un spectacle qu’il convient de voir pour sa portée morale.

Adélard MATOKO

"Rien à signaler", jusqu' au 11 mai 2013, à 20h30, au théâtre de Poche à Bruxelles (Bois de la Cambre, Chemin du Gymnase) - Durée : 1h15 - Avec Allan Bertin, Denis Carpentier, Tony d'Antonio, Benoît Janssens, Valérie Lemaître, Bernadette Mouzon, Jacqueline Nicolas

photo: Spictacle ©

Catégorie : Culture

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