En 2012, Simon Gronowski rencontrait Koenraad Tinel et tombaient dans les bras l'un de l'autre, unis par une histoire aussi opposée que semblable dans la douleur. De cette rencontre bouleversante entre une enfant juif échappé d'un convoi de la mort et le fils d'un flamingant pro nazi est né un recueil poignant mais plein d'espérance: "Enfin libérés".
"Cette rencontre, c'est un pur hasard. C'est le hasard qui gouverne le monde…", nous dit Simon Gronowski (à droite sur la photo). En l'occurrence, ce hasard a quand même un nom: Sacha Rangoni, un jeune étudiant de 16 ans, membre de l'Union progressiste des Juifs de Belgique (UPJB). C'est lui qui fut l'initiateur de cette rencontre. Après avoir assisté au spectacle de Koenraad Tinel, "Scheisseimer", racontant la passé collaborationniste de sa famille, il alla voir l'auteur et lui parla de l'histoire de Simon. Koenraad souhaita alors rencontrer immédiatement Simon. Ce dernier accepta. Les deux hommes se virent pour la première fois le 12 fevrier 2012, dans les locaux de l'UPJB de Gand, devant un public de jeunes. Ils racontèrent leur histoire, leur destin parallèle et opposé. Un moment intense d'émotion ponctué par une chaleureuse étreinte. A ce moment-là, une véritable amitié est née entre Simon et Koenraad qui se sont libérés mutuellement. Libérés d'un "statut" de victime pour l'un, de coupable pour l'autre qui a, du même coup, pu "se réconcilier" avec la figure de son père.
Dans les semaines qui ont suivi cette rencontre, les deux nouveaux amis se sont revus. Koen a alors montré les dessins que lui avait inspirés la lecture du livre de Simon ("Le 20e convoi") et ce dernier a alors eu l'idée d'écrire un autre livre. Le résultat est là: un recueil où se croise deux histoires d'enfants qui ont souffert de la haine et de la barbarie des hommes. Au texte sobre de Simon s'ajoutent les encres sombres de Koenraad. Mais le livre n'est pas noir, loin de là. Il n'a pas été écrit avec la haine ou l'esprit de vengeance. Bien au contraire. C'est un message de paix et d'amour que veut faire passer au bout du compte Simon Gronowski.
Libérés par le pardon
L'ensemble offre ainsi un formidable témoignage et une belle réflexion, mis en perspective par l'historien David Van Reybrouck. Dans une troisième partie, ce dernier nous explique qu'il y a du Stéphane Hessel et du Desmond Tutu dans Simon Gronowski. Comme l'auteur de "Indignez-vous!", il appelle les jeunes à défendre les idéaux de justice et de fraternité. Et avec Koenraad, il forme un peu l'équivalent de la Commission de la Vérité et de la Réconciliation présidée par l'archevêque au début des années 90, quand l'Afrique du Sud rompit avec l'apartheid. A défaut de croire en Dieu, Simon Gronowski partage avec le prélat sud-africain la même conception du pardon, à savoir que ce n'est pas seulement un acte d'altruisme, mais aussi et d'abord la meilleure forme d'intérêt personnel.
"Le pardon m'a transcendé, m'a enrichi, m'a libéré", nous explique Simon Gronowski. "Mais il n'a été possible que parce qu'on me l'a demandé", ajoute-t-il. Et il n'efface pas le crime. "L'oubli est un danger pour l'humanité".
Pierre GRANIER
"Ni victime, ni coupable - Enfin libérés", Simon Gronowski, Koenraad Tinel et David Van Reybrouck, ed. Renaissance du livre

