La voie des moines-poètes


Partager
La voie des moines-poètes
Par Pierre Granier
Journaliste de CathoBel
Publié le - Modifié le
3 min

Dans son dernier livre, Gabriel Ringlet nous invite à aller à la rencontre de six moines qui ont choisi la poésie pour explorer l'effacement de Dieu dans le monde. Ce faisant, il livre sa propre vision d'un Dieu à la fois sensuel et caché.

Si les moines et moniales ont plutôt bonne presse dans l'Église et dans la société, il n'est pas rare qu'on les suspecte d'avoir choisi ce mode de vie pour fuir le monde. Une vision du monachisme que le théologien et écrivain Gabriel Ringlet récuse totalement. Pour lui, ces hommes et ces femmes ne se sont pas mis hors champ pour fuir le monde, mais pour le rejoindre en profondeur, à l'image de ce Dieu présent-absent, qui "se révèle en se cachant".
Fort de cette conviction, l'ancien vice-recteur de l'UCL ajoute d'ailleurs un cinquième vœu à ceux que prononcent traditionnellement les contemplatifs: le "vœu d'effacement", qui consiste à faire "peu de bruits" autour de Dieu. Pas étonnant, dès lors, que la poésie se sente chez elle dans les monastères et abbayes, et cela depuis les débuts du christianisme. Macaire, Colomban, Bernard de Clairvaux, Hildegarde de Bingen, Mechtilde de Magdebourg, Hadewijk d'Anvers, Thérèse d'Avila… tous ces grands mystiques ont effectivement eu recours à ce langage à la limite du dicible, qui, "comme Dieu se tient dans la sobriété, dans le manque, pas au-dessus de la mêlée mais tout en bas, dans les tranchées, sous les éboulements, là où le Verbe se fait chair".

Une longue tradition

Si Gabriel Ringlet commence par évoquer celles et ceux qui ont marqué l'histoire de la poésie monastique et mystique, c'est pour montrer que l'effacement de Dieu est un thème qui n'a jamais cessé d'être exploré, approfondi, creusé au cours des siècles. Aujourd'hui encore, de grands spirituels s'aventurent sur ce chemin escarpé et solitaire. C'est le cas des six moines-poètes que l'auteur nous invite à découvrir dans son dernier livre: François Cassingena-Trévedy, moine à Ligugé, Gilles Baudry, bénédictin à Landévennec, Jean-Yves Quellec, prieur du monastère de Clerlande, Catherine-Marie de la Trinité, dominicaine contemplative à Prouilhe, Charles Dumont, cistercien à Scourmont, et Christophe Lebreton, le plus jeune des moines martyrs de Tibhirine.
"Le choix de ces six noms", explique Gabriel Ringlet, "a été guidé par quelques critères d'orientation. Il s'agit d'écrivains de langue française déjà édités, afin que le lecteur puisse se référer à leurs œuvres. Ce sont aussi des auteurs qui ne se situent pas, en priorité, sur le terrain liturgique et pour qui la démarche poétique est une manière de vivre et d'écrire, quel que soit le sujet abordé." Il y a effectivement chez eux "une résonance sans égale (…) même quand ils parlent des choses de la terre" (Henri Michaux).

Dire peu pour dire beaucoup

Etant donné que ces poètes ne sont pas vraiment connus du grand public, Gabriel Ringlet a eu la bonne idée de ponctuer son livre de nombreux extraits. Ceux-ci donnent non seulement "un petit avant-goût de leur royaume poétique", mais permettent aussi d'entrer, ne serait-ce que furtivement, dans leur univers intérieur. Car le Dieu qu'ils chantent est surtout un Dieu qu'ils taisent. "Le christianisme d'effacement n'est pas un christianisme honteux qui longerait les murs par peur de s'affirmer", tient à préciser l'auteur. "C'est exactement le contraire. Il dit peu pour dire beaucoup. Il murmure pour être entendu. Il parle bas pour qu'on comprenne, car 'si tu nommes trop haut les choses, elles se retirent'." Et pour cette raison, prévient-il, il représente "la seule chance d'avenir du christianisme".

Pascal ANDRÉ

"Effacement de Dieu – La voie des moines-poètes", Gabriel Ringlet, Albin Michel, 300 pages, 26,14 € port compris, sur la Boutique en ligne ou via Dimanche Service , au compte 732-7032002-38 IBAN BE24 7327 0320 0238 - BIC CREGBEBB de Dimanche Service, 67/2, chaussée de Bruxelles, 1300 Wavre.

Catégorie : Culture

Dans la même catégorie