A l’occasion du 400e anniversaire de la paroisse Sainte-Walburge de Liège, les œuvres d’Henri du Mont (1610 -1684) seront interprétées ce dimanche 3 mars dans son église. Ce compositeur liégeois ne fut rien de moins que Maître de Chapelle à la cour de Louis XIV.
Moins connu que le quartier d’Outremeuse, situé de l’autre côté de la Meuse, le quartier de Sainte-Walburge, qui grimpe sur les coteaux conduisant à la Citadelle, est pourtant aussi ancien que lui. On trouve en effet la première trace de cette appellation dans une charte datée de 1078. Il faudra attendre près de 6 siècles pour que la chapelle à laquelle le quartier doit son nom soit doublée d’une église dont la première pierre fut posée le 03 mars 1613. Un 400e anniversaire qui sera fêté jour pour jour ce dimanche, à 10H30, en présence de l’évêque de Liège, Mgr Aloys Jousten.
Sainte-Walburge, l’européenne
Walburga naît en 710 dans le sud-ouest de l’Angleterre dans une famille appartenant à la noblesse du Wessex, l’un des sept royaumes de l’Heptarchie anglo-saxonne fondée dans l’île de Bretagne durant le Haut Moyen Âge. Bien que sa lignée fût une des dernières à avoir été christianisées, elle donnera à l’Église un nombre impressionnant de saints et de serviteurs de la foi. Le plus illustre d’entre eux est sans aucun doute l’oncle de Walburge, le futur Saint Boniface, qui, aux alentours de 720, recevra du pape Grégoire II la mission de partir en Germanie, sur la terre de ses ancêtres, afin d’évangéliser les Saxons restés sur le continent.
Pour y parvenir, il fera appel à ses compatriotes anglo-saxons, dont ceux de sa propre famille. Parmi ceux-ci, deux des frères de Walburge, dont le futur Saint Gombaud, qui sera rejoint ensuite par sa sœur. En 761, la future sainte Walburge devient abbesse du double monastère de Heidenheim, où elle enseignera les langues classiques, la médecine, la littérature et la musique. Ses biographes vantent sa vertu, sa douceur, son humilité, son courage et sa prudence. On lui attribue deux miracles: celui d’une émission surnaturelle de lumière et la guérison de la petite-fille d’un seigneur local. Le 25 février 779, Walburge meurt à Heidenheim. Il faudra attendre près d’un siècle pour que la religieuse anglaise soit canonisée. Walburga devient Sainte-Walburge en 870, à l’occasion de la translation de ses restes en l’église Sainte-Croix d’Eichstätt, qui est à cette occasion rebaptisée Église Sainte-Walburge.
En Belgique, il existe une dizaine de lieu de culte dédiés à Sainte Walburge. Mais on en trouve également en France et aux Pays-Bas. Selon les historiens, l’origine de la ferveur pour Sainte Walburge que l’on constate à travers toute l’Europe du nord remonterait au 9e siècle. C’est en effet à cette époque que Charles II le Chauve confia les reliques qu’il avait acquises peu de temps après la canonisation de la Sainte à son beau-fils, Baudouin de Flandre, en gage de protection contre les envahisseurs normands. Un objectif qui s’explique peut-être par la signification du prénom Walburgia, qui, en langue saxonne, signifie « Puissante forteresse ».
A Liège, la tradition a surtout retenu un récit miraculeux pour expliquer la présence d’une chapelle dédiée à la Sainte sur les hauteurs de la ville. Sainte Walburge serait en effet apparue en songe à Ode, la fille aveugle d’un roi d’Écosse, l’enjoignant à se rendre à Liège afin de prier Saint Lambert pour retrouver la vue. Arrivée aux abords de la ville, la jeune Ode se met à prier et découvre aussitôt, de ses propres yeux, la vallée de Liège s’étalant à ses pieds. Un miracle qui méritait bien l’édification d’une chapelle et, par la suite d’une église.
Henri du Mont, un musicien liégeois à Versailles
Pour célébrer dignement le 400e anniversaire de l’Église Sainte-Walburge, les organisateurs proposent d’écouter à 16h30, dans ce lieu réputé pour ses grandes qualités acoustiques, les œuvres du compositeur Henri du Mont interprétées par l’ensemble vocal liégeois Magellan. Il s’agit non seulement de permettre au public de se figurer ce que l’on pouvait entendre au cours des offices religieux célébrés à l’époque en présence des grands de ce monde, mais aussi et surtout de donner l’occasion de découvrir l’œuvre d’un des plus illustres compositeurs belges de musique sacrée.
Certes, Henri du Mont n’est pas liégeois de naissance. C’est en effet à Looz, près de Tongres, qu’il voit le jour en 1610. Mais c’est bien à Liège qu’il commencera à briller en tant qu’organiste, officiant à la fois à la Cathédrale Saint-Lambert, puis à l’Église Saint-Paul, la cathédrale actuelle.
C’est finalement à la Cour de France que son talent le mènera, puisqu’après avoir publié son recueil de motets intitulé Cantica sacra, ouvrage majeur dans l'histoire de la musique française, il entre en 1660 au service de la reine Marie-Thérèse d’Autriche. Il sera ensuite rapidement nommé maître de la Chapelle Royale, la prestigieuse institution à laquelle collaboraient les chapelains et les musiciens laïcs du roi de France pour chanter dans les offices religieux et y faire entendre de la musique religieuse moins directement liturgique.
Apprécié par Louis XIV, admiré par Lully qui s’en inspirera, Henri du Mont est l’auteur d’une œuvre musicale essentiellement religieuse, composée de cinq messes, dites “Royales”, et de près de cent petits motets. C’est dans ce style musical qu’il perfectionnera la technique de la basse continue (une pratique d’improvisation à partir d’une basse écrite) mais son apport à la musique réside également dans l'usage de voix solistes avec instruments concertants dans la musique religieuse et dans l’introduction de nombreuses nouveautés comme les vocalises et les échos. Les spécialistes voient en lui une précurseur de Michel-Richard de Lalande et de François Couperin.
Laurent VERPOORTEN/TG
Renseignements: https://www.ste-walburge.net/

