Le projet de décret de réforme du paysage de l’enseignement supérieur au sein de la Fédération Wallonie-Bruxelles a fait déjà couler beaucoup d’encre. Cette fois, ce sont les recteurs des universités de Bruxelles, Liège, Namur, Mons et de Saint-Louis, qui accusent leur confrère de l’UCL de « désinformation ».
Dans une lettre ouverte, ces cinq recteurs critiquent l'attitude du recteur de l'UCL, ainsi que son analyse des impacts du projet de réforme voulu par le ministre Jean-Claude Marcourt. Didier Viviers (ULB), Bernard Rentier (Ulg), Yves Poullet (UNamur), Calogero Conti (UMONS) et Jean-Paul Lambert (Saint-Louis – Bruxelles) prennent ensemble position sur ce qui n’est encore qu’un avant-projet de décret devant redessiner le paysage de l'enseignement supérieur en Belgique francophone.
Les cinq recteurs accusent Bruno Delvaux (recteur de l'UCL) et quelques Hautes Ecoles du réseau catholique de mener une campagne de dénigrement contre ce projet. Ils expliquent que cette attitude leur apparaît comme « une stratégie de pure désinformation ». En fait, ils répondent aux affirmations lancées par Bruno Delvaux dans le magazine de l’UCL « La Quinzaine ».
Interrogé sur le projet de réforme, le recteur de l’UCL estime que « la qualité ne peut être contrainte par des frontières provinciales». Et d’ajouter : « Une meilleure cohérence de l’enseignement supérieur est nécessaire, ainsi qu’un meilleur accès aux études pour les étudiants motivés et compétents, mais les pôles géographiques ne résoudront pas ces défis ». Plus loin, le recteur poursuit en indiquant que « cette réforme s’oppose à la liberté de s’associer et de gérer –en toute autonomie– un projet d’enseignement et de recherche. Il confinera les universités et les hautes écoles dans des espaces provinciaux à fortes compétences académiques, ce qui décuplera la concurrence. Or, le but est de renforcer la qualité de l’enseignement supérieur et de le faire exister sur la scène internationale ».
Désinformation ?
Dans leur lettre ouverte, les cinq recteurs entendent répondre point par point aux éléments repris dans le magazine de l’UCL, afin, disent-ils, « que l'opinion puisse comprendre la portée de chacun d'eux et leur déformation systématique ». Et d’ajouter : « Sur le fond l’argumentation de l’UCL contient nombre d’assertions fausses et de procès d’intention. Il n’est donc plus possible pour nous, dans de telles conditions, de conserver notre réserve sous peine, par notre silence, de sembler acquiescer, alors qu’à nos yeux, cet avant-projet de décret contient les ingrédients d’un véritable progrès pour notre d’un véritable progrès pour notre enseignement supérieur et pour nos étudiants. »
D’autres voix s’élèvent contre le projet Marcourt. Dans « La Libre » du 22 décembre dernier, Jean-François Raskin, administrateur général de l’IHECS et vice-président du conseil d’administration de la RTBF, avait aussi exprimé son opposition à la réforme envisagée. « Nous sommes tout à fait opposés au découpage de l’enseignement supérieur en zones géographiques. Nous ne trouvons pas cela utile et ne comprenons pas ce qui pousse le pouvoir politique à agir de la sorte. Si c'était pour favoriser des synergies en termes d’infrastructures, là, nous serions favorables à un partage des infrastructures », affirmait-il, ajoutant ne pas vouloir se laisser entraîner dans une guerre scolaire du supérieur qui ne le concerne pas. « Nous voulons rester maîtres de notre destin et de nos partenariats, que ce soit avec l’ULB, l’UCL ou l’ULg. Clairement, l’ULB ne veut pas qu’une institution comme la nôtre, qui est sur « son territoire », soit davantage liée à l’UCL. L’ULB considère Bruxelles comme son territoire ! L’enjeu, il est là, entre des acteurs avec qui nous avons finalement très peu de contacts. Nous n’y participons pas ».
Jean-Jacques Durré
Lire la Lettre ouverte au recteur de l'UCL
Lire l'interview de Bruno Delvaux dans le Magazine La Quinzaine
