Réunie en session ordinaire à Kigali fin août, la conférence épiscopale du Rwanda a étudié l’assistance à apporter aux réfugiés congolais accueillis à Kigeme et à Nkamira et réfléchi aux causes de cette situation, provoquée par le conflit qui ravage l'est du Congo.
Dans un communiqué publié à l’issue des travaux, les évêques rwandais expriment « leurs vives préoccupations » quant à l’imbroglio de la situation à l’est de la République démocratique du Congo, estimant qu’elle devait faire l’objet d’une attention soutenue afin de lui trouver des solutions adéquates.
Les membres de la conférence épiscopale rwandaise ont reçu une délégation de l’Institut de recherche et du dialogue pour la paix (IRPD) qui leur ont soumis les résultats de la recherche réalisée sur la coexistence entre les groupes ethniques du Rwanda. La question ethnique, ont-ils affirmé, ne doit pas être isolée. Les évêques se sont réjouis de cette recherche et ont exprimé leur collaboration pour conduire les Rwandais à dépasser cet aspect ethnique, facteur de divisions.
Rappelons que la situation dans l’est de la RDC est catastrophique sur le plan humanitaire et des droits de l’homme. Les rebelles du mouvement M23 (des déserteurs de l’armée congolaise) poursuivent leurs exactions dans les régions et sur les populations. L’ONU, la Belgique et les Etats-Unis accusent Kigali de soutenir les rebelles. Récemment, en visite dans le région, le ministre belge des Affaires étrangères, Didier Reynders, avait assuré que la Belgique continuerait à aider les agences des Nations Unies prenant en charge ces personnes déplacées. Il s'était aussi dit "horrifié" par les témoignages des réfugiés congolais qui ont fui au Rwanda pour échapper aux violences interethniques qui touchent l'est de la République démocratique du Congo (RDC) et plus particulièrement la province du Nord-Kivu, promettant de continuer à aider ces personnes.
Dernièrement, le programme alimentaire mondial (PAM) avait tiré la sonnette d’alarme sur la situation des réfugiés congolais au Rwanda. Dans une lettre adressée aux officiels rwandais, le représentant-résident du PAM à Kigali, Abdoulaye Baldé, avait mis en garde contre la propagation de la faim dans les quatre camps abritant les réfugiés congolais au Rwanda dont le nombre ne cesse de s’accroître.
Abdoulaye Baldé décrivait une situation alarmante de famine dans les camps de Kiziba (ouest), Gihembe (nord), Nyabiheke (nord-est) et Kigeme (sud). Tout en rappelant les efforts déployés par le gouvernement rwandais, il estimait que les réfugiés congolais au Rwanda se trouvent actuellement en état d’insécurité alimentaire. Selon lui, le PAM est confronté à des problèmes de logistique et ne dispose plus de stocks suffisants d’aide alimentaire pour assister ces réfugiés d’ici à la fin de ce mois d’août. Le PAM estime avoir besoin de quatre millions de dollars américains pour élargir ses opérations de distribution alimentaire et d’aide aux réfugiés congolais au Rwanda. Au cours des trois derniers mois, le Rwanda aurait offert l’asile à plus de 9 000 Congolais, pour la grande majorité assistés par le Haut-Commissariat pour les réfugiés (HCR) et d’autres organismes humanitaires, selon le dernier bilan officiel.
L’intervention des évêques rwandais fait écho à celle de leurs homologues congolais de la CENCO (Conférence épiscopale nationale congolaise) qui avaient dénoncé la balkanisation du pays à l’issue de leur assemblée plénière, tenue à Kinshasa début juillet. Ils avaient condamné fermement la reprise de la guerre dans le Kivu, affirmant que « l’intégrité du territoire national de la RDC n’est pas négociable ».
Avec La Croix (Photo: UNHCR)
