A quelques jours de la visite de Benoît XVI dans le pays du Cèdre, la communauté chrétienne se tient prête. Beaucoup voient en ce voyage un signe fort envoyé par le souverain pontife dans le contexte du conflit syrien et des révolutions arabes.
Depuis plusieurs jours, la Harissa est en ébullition. Cette colline qui surplombe Beyrouth, la capitale libanaise, est un lieu de pèlerinage très réputé. C'est là, à l'ombre de l'immense statue de « Notre-Dame du Liban » que Benoit XVI devrait signer le document qu'il vient présenter publiquement lors de ce voyage de trois jours : l’Exhortation Apostolique post-synodale de l’Assemblée Spéciale pour le Moyen-Orient du Synode des Évêques.
La première visite du Pape au pays du Cèdre prend donc une tournure symbolique en ces temps de troubles dans la région. Alors, les croyants s'organisent, « grâce à Dieu, avec enthousiasme », s'exclame le Père Toufic Bou-Hadir qui dirige les grandes manœuvres. Dans les prochains jours, des tracts vont être distribués pour faire connaître le programme de la visite. Des équipes ont été formées pour effectuer du porte à porte. Tout doit être prêt d'ici le 14 septembre, jour de l'arrivée de Benoît XVI. Et l'agenda de la cinquantaine de volontaires est chargé : les réunions du comité central des jeunes vont se succéder pour préparer la rencontre avec le pape qui aura lieu samedi 15 sur l'esplanade du Patriarcat maronite de Bkerké. Parallèlement, la chorale doit répéter, jusqu'à la grande finale, la veille de l'arrivée du souverain pontife.
« Le Saint Père doit nous aimer pour risquer une telle visite en ce moment! »
Mais Beyrouth n'est pas la seule à bruisser des préparatifs de cette visite. Quelques kilomètres au nord de la capitale, Batroun, berceau de la communauté maronite libanaise. Quatre-vingt dix pour cents de la population de la ville appartient à cette Église reconnue par Rome qui puise ces racines en Saint Maroun, moine et ermite du diocèse de Cyr prés d'Alep en Syrie. Aujourd'hui la plus importante communauté chrétienne du Liban.
Depuis un an, le comité des jeunes se réunit afin de préparer au mieux une visite qui rime pour eux avec espérance : « Le fait que le pape prenne le soin d'organiser et de présider lui-même un synode pour le Moyen Orient et de venir signer l'exhortation apostolique au Liban est un signe très parlant de la place qu'occupe l'Église en Orient dans le cœur du Saint Père et de la politique vaticane », indique le Père Raymond Bassil, en charge des mouvements des jeunes et des familles de la paroisse de Batroun. En effet, la visite du souverain pontife a un but : faire connaître la position de l'Église chrétienne dans une région où le conflit en Syrie dure depuis maintenant 17 mois et où les chrétiens d'Orient se sentent de plus en plus en danger. Son message ne s'adressera pas seulement au Liban mais au monde. Pas seulement aux chrétiens, mais à toutes les confessions. Pour cela, le pape rendra publique les conclusions de l'Assemblée spéciale sur le Proche et le Moyen Orient qui s'est tenu en 2010 à Rome.
Alors, c'est toute une communauté qui se met à vibrer. Sœur Marie Bernadette est la supérieure de la congrégation des Sœurs des Saints Cœurs de Jésus et de Marie. Elle gère notamment le collège Saint-Étienne de Batroun. A ses côtés six sœurs, les plus âgées ne pourront faire le déplacement pour voir le pape, mais peu importe. Pour elles, seul compte le symbole de cette visite : « Je pense que le Saint Père doit nous aimer pour risquer une telle visite en ce moment même. Nous devons prier pour lui. Et le Liban doit avoir une place particulière dans son cœur étant donné sa composition, sa situation, et son impact comme pays chrétien dans ce Moyen Orient terre des saints et pays de dix-huit communautés religieuses de tous bords ».
Tous espèrent à présent que la visite ne sera pas annulée. Ces derniers jours le Saint-Siège s'est voulu rassurant : au Vatican la préparation de ce voyage se poursuit sans incertitudes.
De notre correspondante à Beyrouth Coline Charbonnier
