Musique 3 a diffusé une longue interview* de Mátyás Varga. Ce bénédictin hongrois est le directeur musical du festival de musique contemporaine "Arcus Temporum" qui aura lieu du 24 au 26 août à Pannonholma, en Hongrie.
Depuis plus d’un millénaire, l'abbaye bénédictine de Pannonholma , qui domine les plaines de la Hongrie occidentale, est un lieu de rayonnement pour la culture et l’enseignement. Reconnue patrimoine culturel mondial par l’Unesco en 1996, le site abbatial perpétue cette tradition. Les quelques quarante moines de la communauté font honneur avec beaucoup de dynamisme à la devise de leur ordre ‘Ora et Labora’. C’est ainsi qu’après une cinquantaine d’années d’interruption, les moines ont repris la culture viticole. Ils ont également érigé de nouveaux bâtiments à l’architecture résolument contemporaine pour assurer les nouvelles fonctions d’une abbaye tournée vers l’avenir. Un collège, un site pour le traitement des déchets biologiques et un centre d’accueil pour les 85.000 touristes annuels se blottissent désormais au pied de cette colline d’histoire et de foi.
Un festival incontournable en Europe centrale
L’intérêt de la communauté monastique pour la culture contemporaine s’exprime aussi par l’organisation d’un festival annuel de musique contemporaine. En quelques années, ‘Arcus Temporum’ (‘L’Arche des temps’) est devenu un festival incontournable en Europe centrale. Petit à petit, des événements de danse, théâtre, vidéo et arts plastiques sont venus se greffer sur le programme musical. En 2011, les organisateurs avaient invité le compositeur berlinois Helmut Oehring (°1961); cette année c’est au tour de la compositrice finlandaise Kaija Saariaho. Selon la formule consacrée du festival, tous les concerts reprennent des œuvres du compositeur invité et d’un compositeur plus ancien. Oehring ayant des parents sourds-muets, le choix de Beethoven comme musicien ancien s’imposait. En 2012, ce seront des œuvres d’Igor Stravinsky qui côtoieront celles de Saariaho. Au fil des concerts, dans divers lieux du site abbatial, les musiques retentiront pour le plus grand bonheur du public. Les musiciens de haut niveau provenant de divers pays limitrophes assurent la qualité de ce festival hors norme.
L'art accueilli à bras ouvert
L’esprit d’ouverture envers la culture contemporaine de l’abbaye de Pannonholma mérite d’être soulignée. Les moines qui participent en nombre aux différents événements sont fiers et heureux de voir leur monastère rassembler hommes et femmes autour d’un projet culturel et de faire vivre aujourd’hui ainsi un service qui est si présent dans la tradition bénédictine. La question de la définition du sacré, qui parasite trop souvent les discussions sur les relations entre l’ Église et les arts en Europe occidentale, n'effleure ni les esprits de la communauté, ni ceux des participants. L’art y est accueilli à bras ouverts afin de construire une arche reliant aussi bien l’histoire et le présent que l’Église et l’expression artistique contemporaine.
Le directeur artistique du festival, P. Mátyás Varga (qui fut invité des Messes Festives à la cathédrale de Bruxelles le 25 mars dernier)expliquait ainsi l’importance de l’initiative: "Il est important pour tous ceux qui enseignent dans l’école abbatiale de prendre le pouls de la société à travers le travail des artistes, car c’est d’eux que nous apprendrons à nous adresser aux générations à venir."
En ouvrant largement leur abbaye à l’art contemporain, les moines de Pannonholma et leurs collaborateurs rendent un grand service d'Église. Gageons qu’ils fassent de nombreux émules afin de sortir l’institution Église et bon nombre de fidèles de leur frilosité envers l’expression artistique d’aujourd’hui.
Alain Arnould OP
Aumônier des Artistes
Infos: www.arcustemporum.hu
* L’émission peut être téléchargée et écoutée en ligne à partir du 14 août sur cette page :https://www.rtbf.be/musiq3/emissions_big-bang?emissionId=2301&date=2012-08-13
Légende de la photo : Représentation de danse de Tao Te dans une chorégraphie de et par Ferenc Fehér (droite) et Ákos Dózsa (gauche) dans la majestueuse bibliothèque de l’abbaye de Pannonholma lors du Festival Arcus Temporum 2011.

