Cinéma: « Superstar », icône malgré lui


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Cinéma: « Superstar », icône malgré lui
Par Pierre Granier
Journaliste de CathoBel
Publié le - Modifié le
3 min

Voici l'étrange histoire d'un anonyme qui devient célèbre sans le vouloir. Et plus cet homme refuse cette célébrité, plus les gens vont s'intéresser à lui au point d'en faire une icône. Dans ce film quasi kafkaïen, le spectateur est entraîné dans l'inquiétant et impitoyable univers médiatique. C'est troublant, divertissant et rempli de sens.

"À l’avenir, chacun aura son quart d’heure de célébrité mondiale", a dit l'artiste américain Andy Warhol. Après avoir vu "Superstar", on espère que cela ne durera effectivement qu'un quart d'heure. Car finalement, rien de pire que de devenir célèbre sans l'avoir voulu. C'est malheureusement ce qui arrive au héros de ce film réalisé par Xavier Giannoli. Alors qu’il prend son métro comme chaque matin pour aller travailler, Martin Kazinski (Kad Merad), un honnête homme tout ce qu'il y a de plus "banal", se retrouve filmé, photographié et assailli par des demandes d'autographe. On ne sait d'où cela vient, ni pourquoi, mais le "buzz" est là. Et une chaîne de télévision va s'emparer de cette histoire. La journaliste Fleur Arnaud (Cécile de France) va convaincre Martin de venir parler de son refus de devenir célèbre dans un "talk-show". Celui-ci accepte une première fois, puis une deuxième, ce qui le précipite dans une mécanique absurde et dangereuse.

Descente en absurdie

Dans cette adaptation très libre de "L’idole", un roman de Serge Joncour paru en 2005, le réalisateur traite ainsi de la folie d'un système qui fait que les gens vont encore plus s'intéresser à un inconnu parce que ce dernier refuse précisément cette célébrité. Cette folie jaillit dès la première scène qui traduit l'emballement médiatique. Elle ne quittera plus le film, se faisant parfois oppressante mais aussi comique, version absurde. Accentuée par les lumières anxiogènes des supermarchés, des plateaux télé, des parkings souterrains, cette folie transparaît également dans les crises de démangeaisons et le cri primal que poussera Martin lors de son deuxième passage en télé, poussé à bout par un psychanalyste…
La charge contre les médias est évidemment féroce, en particulier contre un genre d'émissions de télé capables d'exploiter le vide pour en produire un spectacle. Mais le film montre aussi la manière dont tout le monde s'entraîne mutuellement dans cette course folle, offrant au passage une intéressante réflexion sur la question des icônes dans une société. Dépossédé de lui-même, perdant le contrôle de son existence, Mathieu est élu, choisi. On l'envisage même comme le Messager. On va l’aimer puis le haïr, l’aduler puis le brûler comme une idole.

Droiture

Dans un registre dont il est moins coutumier, Kad Merad livre ici une nouvelle facette de son talent, avec un égarement à la fois drôle et tragique. En face de lui, Cécile De France campe avec beaucoup de justesse une journaliste finalement prise au piège du cynisme ambiant.
Mais tout compte fait, il y a aussi une morale dans ce film. Car ce qui sauvera Martin, c'est la droiture de son comportement. Même dépassé par les événements, il ne déviera jamais de sa seule envie de retrouver l'anonymat, refusant toutes les tentations qu'on lui présente. Il ne deviendra finalement pas le personnage que la société aurait voulu qu'il joue, préservant intacte son humanité qu'il partagera avec d'autres éclopés de la célébrité.

Pierre GRANIER

Catégorie : Culture

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